Crise dans l’Est congolais : l’Union européenne débloque 81 millions d’euros d’aide humanitaire


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Camp de déplacés en RDC
Camp de déplacés en RDC

Face à l’aggravation du conflit dans l’est de la RDC, l’Union européenne a annoncé, mardi 17 février, le déblocage d’une enveloppe d’urgence de 81,2 millions d’euros. L’annonce est faite alors que la situation humanitaire atteint un seuil critique dans la région des Grands Lacs, marquée par des déplacements massifs de populations, des pénuries alimentaires et une insécurité persistante.

Le nouvel appui de l’Union européenne vise à soutenir les populations les plus vulnérables, tant à l’intérieur de la RDC que dans les pays voisins accueillant des réfugiés congolais.

Une crise humanitaire qui s’enracine

Depuis plusieurs mois, l’Est congolais est le théâtre d’affrontements armés récurrents impliquant des groupes rebelles et les forces régulières. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en grande partie contrôlées par le M23, sont particulièrement affectées, avec des centaines de milliers de déplacés internes vivant dans des conditions précaires. Les conséquences sont multiples :

  • Épuisement des stocks alimentaires,
  • Accès limité à l’eau potable,
  • Insuffisance d’abris,
  • Risques accrus de violences basées sur le genre,
  • Exposition des enfants au recrutement forcé et à l’exploitation.

Dans ce contexte, l’aide européenne vise à financer des services vitaux : distribution alimentaire, accès à l’eau et à l’assainissement, soins de santé d’urgence, protection des civils et soutien logistique aux acteurs humanitaires. Les bénéficiaires identifiés incluent : les personnes vulnérables en République démocratique du Congo, les réfugiés congolais dans les pays voisins, les communautés fragiles au Burundi, directement impactées par l’afflux de déplacés.

Une diplomatie humanitaire en action

L’annonce de cette aide coïncide avec une tournée régionale de la commissaire européenne à la gestion des crises, Hadja Lahbib. Sa mission s’inscrit dans une logique de diplomatie humanitaire active : plaider pour un accès sécurisé aux zones affectées, y compris celles sous contrôle de groupes armés. « J’entends rencontrer toutes les parties au conflit », a-t-elle déclaré à l’agence Belga, soulignant la nécessité d’ouvrir des couloirs humanitaires pour soulager des centaines de milliers de personnes.

Après une étape à Kinshasa, la commissaire poursuit son déplacement au Burundi les 18 et 19 février. Elle doit notamment se rendre au camp de réfugiés de Busuma, où les conditions de vie des Congolais ayant fui le Sud-Kivu sont particulièrement préoccupantes : pénurie d’eau, insuffisance alimentaire, absence d’abris adéquats. Certaines familles ne disposent même pas de bâches pour se protéger des intempéries. La tournée doit s’achever le 20 février à Kigali, au Rwanda, acteur central dans l’équation sécuritaire régionale.

Un enjeu humanitaire et géopolitique

Au-delà de l’assistance immédiate, l’initiative européenne révèle plusieurs enjeux stratégiques. D’une part, l’UE cherche à affirmer son rôle de premier bailleur humanitaire mondial dans une région où la concurrence diplomatique s’intensifie, notamment avec la présence accrue d’autres puissances internationales. D’autre part, l’insistance sur l’ouverture de couloirs humanitaires traduit une préoccupation majeure : l’accès. Dans l’Est congolais, l’insécurité et la fragmentation des groupes armés compliquent considérablement l’acheminement de l’aide. Sans garanties sécuritaires, les financements risquent de ne pas se traduire pleinement en assistance effective.

Enfin, cette mobilisation coïncide avec un contexte caractérisé par des besoins dépassant largement les ressources disponibles. Les agences humanitaires alertent régulièrement sur le sous-financement chronique des opérations en RDC, malgré l’ampleur des déplacements internes, parmi les plus élevés au monde.

Une réponse d’urgence face à une crise durable

Si les 81,2 millions d’euros constituent un soutien significatif, ils ne sauraient à eux seuls inverser la dynamique d’une crise enracinée dans des causes structurelles : rivalités armées, tensions régionales, faiblesse institutionnelle et exploitation des ressources naturelles. La visite de la commissaire européenne pourrait néanmoins renforcer la pression diplomatique en faveur d’un accès humanitaire garanti et, à terme, d’une désescalade du conflit.

Dans l’immédiat, pour des centaines de milliers de déplacés vivant dans des camps improvisés ou dans les communautés hôtes du Burundi et du Rwanda, cette aide représente avant tout une question de survie : accès à l’eau, à la nourriture et à un abri minimal. Mais dans la réalité, elle ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins de cette région fragilisée par des années d’insécurité.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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