Madagascar : les dessous de la première « visite de travail » du colonel Randrianirina à Paris


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Colonel Randrianirina
Colonel Randrianirina

À Paris, le colonel Michaël Randrianirina poursuit sa fulgurante offensive diplomatique. Moins d’une semaine après avoir scellé de nouveaux accords au Kremlin, le président de la Refondation malgache est attendu à l’Élysée pour une visite de travail stratégique. Ce déplacement éclaire les ambitions et les zones d’ombre d’un pouvoir en pleine consolidation.

L’agenda diplomatique du colonel Michaël Randrianirina ne laisse place à aucun temps mort. Ce 24 février 2026, le président de la Refondation malgache franchira le perron de l’Élysée pour une « visite de travail » capitale. Ce déplacement à Paris intervient seulement six jours après un passage remarqué au Kremlin, où il a scellé de nouveaux accords avec Vladimir Poutine. Pour le chef de l’État malgache, arrivé au pouvoir en octobre 2025, ce premier voyage en France est décisif pour asseoir sa légitimité internationale tout en affirmant une souveraineté décomplexée.

Entre urgence humanitaire et transition politique

Le tête-à-tête prévu à 14 heures avec Emmanuel Macron s’inscrit dans un contexte national de crise pour la Grande Île. Madagascar panse encore ses plaies après le passage de cyclones dévastateurs ayant causé la mort de plus de soixante personnes. La présidence française a ainsi précisé que les échanges porteraient en priorité sur l’aide humanitaire et l’accompagnement de la transition malgache.

Au-delà de l’assistance immédiate, cette rencontre doit permettre de poser les bases d’un renouvellement du partenariat bilatéral entre les deux nations, dont les relations ont été récemment échaudées par l’exfiltration de l’ancien président Andry Rajoelina par la France.

Une diplomatie de la diversification assumée

Le contraste entre l’escale moscovite et l’étape parisienne illustre la doctrine Randrianirina : ne fermer aucune porte. À Moscou, le colonel a officialisé une ère de coopération axée sur la défense et l’énergie, des secteurs stratégiques pour le nouveau pouvoir. À Paris, il s’agit de préserver les liens historiques avec un partenaire économique de premier plan.

Le président malgache défend cette stratégie en présentant Madagascar comme un « pays hospitalier » refusant toute discrimination entre ses alliés. Cette politique de l’équilibre vise à obtenir des bénéfices concrets pour la population malgache en tirant parti des forces respectives de chaque puissance mondiale.

Les interrogations de la société civile à Antananarivo

Si cette hyperactivité diplomatique place Madagascar sous les projecteurs, elle suscite également des doutes au sein de l’opinion publique malgache. Des voix s’élèvent pour réclamer davantage de transparence sur les accords signés en coulisses. Le Collectif des citoyens et des organisations citoyennes, par la voix de sa secrétaire générale Hony Radert, insiste sur la nécessité d’une redevabilité au retour du chef de l’État.

De leur côté, les mouvements de jeunesse s’interrogent ouvertement sur les contreparties concrètes de ce rapprochement avec Paris, craignant que cette « diversification des alliances » ne cache des engagements flous ou contraignants pour l’avenir de la Grande Île.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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