
Quinze jours après un premier round discret organisé à Madrid, les négociations sur le Sahara occidental entrent cette semaine dans une phase décisive à Washington. Entre le Front Polisario, défenseur du droit à l’autodétermination, et un Maroc sous pression juridique, les États-Unis tentent d’imposer un calendrier accéléré. L’objectif : transformer un conflit de décolonisation en une équation géopolitique et énergétique avant le mois de mai. Mais dans ce jeu de force, l’Algérie s’impose comme le pivot indispensable de toute solution durable.
Washington impose sa méthode : la culture du « deal » avant le droit ?
Le choix de Washington pour ce second round marque la volonté des États-Unis de reprendre la main sur un dossier. Pour l’entourage de Donald Trump, le Sahara occidental est perçu à travers un prisme strictement transactionnel. Il s’agit de sécuriser un accord « vendable » amenant la paix, de stabiliser l’Atlantique africain et, surtout, de garantir l’accès à des ressources stratégiques : phosphates, minerais critiques, et un potentiel offshore pétrolier et gazier majeur.
Dans cette logique, la question sahraouie n’est plus traitée comme un héritage colonial à solder, mais comme un actif à intégrer dans une architecture globale mêlant sécurité et influence face à la Chine. Cependant, cette approche se heurte à une réalité organique : le Front Polisario, interlocuteur principal à la table des négociations, qui rappelle que rien ne se fera sans le consentement du peuple sahraoui.
Le mur du droit international : 10 arrêts de la CJUE et l’ONU
Si Washington veut aller vite, le cadre juridique, lui, est immuable. Pour l’ONU, le Sahara occidental demeure un territoire non autonome en attente de décolonisation. Ce n’est pas une simple position diplomatique, c’est une réalité juridique blindée par dix arrêts successifs de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Ces décisions sont sans appel : le Sahara occidental dispose d’un statut séparé et distinct du Maroc, et tout accord commercial incluant ses ressources sans le consentement du peuple sahraoui est illégal.
Le conflit politique devient ainsi frontalement opposé à la légalité internationale. Le Front Polisario s’appuie sur ce socle pour dénoncer le pillage des ressources naturelles. Surtout, il est soutenu en cela par les agriculteurs français et espagnols, victimes de cette conccurence déloyale. Cette pression juridique place les investisseurs américains et européens dans une insécurité totale, rendant tout « deal » économique caduc s’il n’obtient pas l’aval des parties.
Le plan d’autonomie marocain : l’impasse constitutionnelle
À Washington, Rabat tente de vendre son plan d’autonomie comme l’unique solution « réaliste ». Pourtant, le projet marocain souffre d’une faille majeure : il est juridiquement incompatible avec le droit interne du Royaume. En l’état, la Constitution marocaine ne permet pas la création d’une entité politique sahraouie distincte dotée de pouvoirs législatifs et judiciaires propres. Pourtant un prélable à toute discussion du côté du Front Polisario.
Sans une refonte constitutionnelle profonde, que le Palais n’est pas prêt à engager en raison des tensions dans communautaires dans plusieurs régions, l’autonomie reste une promesse politique sans substance juridique. Pour les négociateurs américains, cette fragilité est un problème : ils cherchent un accord solide. Le Front Polisario, de son côté, rejette cette option qui ne garantit pas le passage par les urnes pour un référendum de pleine souveraineté.
L’Algérie et le gaz : le pivot énergétique
Le dossier est indissociable de l’urgence énergétique mondiale. Dans le contexte de la guerre en Ukraine et de la recomposition des marchés gaziers, l’Algérie est devenue le partenaire incontournable de l’Occident renforçant sa proximité avec l’Italie et l’Allemagne notemment. Washington ne peut se permettre une rupture avec Alger, fournisseur clé de l’Europe.
Cette réalité place l’Algérie en position de force. En soutenant le droit du Front Polisario à l’autodétermination, Alger rappelle que la stabilité énergétique de la région dépend d’une solution conforme au droit international. Aucun accord ne pourra être pérenne sans l’aval politique d’Alger, sous peine de fragiliser les équilibres gaziers dont Washington veut rester le garant.
Vers une solution imposée par les intérêts américains ?
Le calendrier est serré : Washington veut conclure avant mai. Mais face à l’incapacité du Maroc à proposer un plan juridiquement viable et à la fermeté du Front Polisario sur le droit international, les États-Unis change de braquet.
L’issue de ces discussions pourrait être une solution hybride que chercherait à imposer Washington. Une forme d’autodétermination « sur mesure« , dictée par les intérêts économiques et sécuritaires américains. C’est sur cette base, avec sa puissance commerciale que Trump veut pousser les parties à un compromis pour lever l’hypothèque juridique de la CJUE. Ainsi, l’issue de ces discussions pourrait bien consacrer une victoire diplomatique pour l’Algérie, seul acteur capable de lever l’hypothèque juridique et de stabiliser durablement les marchés.
Dans ce jeu d’équilibriste, le test final sera simple : la Maison Blanche peut-elle transformer une logique de force en un accord qui survive au droit international ? Pour le Front Polisario, la réponse reste la même : le droit ne se négocie pas, il s’exerce. Dans ce grand jeu diplomatique, l’Algérie s’affirme non seulement comme un géant énergétique indispensable, mais comme la boussole éthique et légale sans laquelle aucun « deal » ne pourra jamais voir le jour au Sahara occidental.



