
Un crépitement de strass sous les projecteurs, des regards qui vous transpercent avant même d’avoir franchi le seuil. Au Grand Palais, l’artiste américaine Mickalene Thomas déploie « All About Love », une symphonie visuelle où le glamour devient un acte de résistance et où l’Afrique n’est pas un souvenir, mais une architecture vivante.
Elle peint des femmes qui vous regardent droit dans les yeux. Des femmes noires, souveraines, installées sur des canapés aux motifs saturés. Avec cette exposition majeure au Grand Palais de Paris (du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026), Mickalene Thomas confirme sa place parmi les voix les plus puissantes de l’art contemporain. Elle nous rappelle, avec une force chromatique inouïe, que la représentation des corps noirs reste un enjeu politique autant qu’esthétique.
Le Wax comme architecture : un dialogue transatlantique
Si Mickalene Thomas est née dans le New Jersey en 1971, son œuvre ne cesse de tisser des fils vers le continent africain. Ici, pas de nostalgie folklorique. Le dialogue est plastique, structurel. Ses toiles monumentales intègrent le wax, ces imprimés iconiques d’Afrique de l’Ouest, comme le squelette même de ses compositions.
Le textile chez Thomas n’est pas un accessoire : il est le décor et le cadre. Cette réappropriation renverse le canon occidental. Là où l’histoire de l’art a trop souvent réduit la femme noire au statut d’odalisque passive ou d’objet exotique, l’artiste impose le « Black Female Gaze » (le regard féminin noir). Ses modèles occupent l’espace avec une assurance qui puise autant dans l’esthétique « Blaxploitation » des années 70 que dans les rituels de parure millénaires du continent.
De Bamako à New York : l’objectif comme arme d’affirmation
L’un des points forts de l’exposition est la résonance directe avec les maîtres de la photographie de studio africaine. La frontalité du regard et la mise en scène minutieuse de soi rappellent immédiatement les portraits de Seydou Keïta ou de Malick Sidibé.
Thomas, qui cite souvent ces photographes maliens, établit un pont esthétique essentiel : le studio devient un espace de liberté où l’on choisit son image. À Paris, ville qui fut à la fois le cœur du colonialisme et le refuge d’icônes comme Joséphine Baker, cette filiation visuelle panafricaine prend une dimension de réparation historique.
Le strass comme armure : quand le brillant devient politique

La signature de Mickalene Thomas c’est aussi ces milliers de strass (rhinestones) qui constellent ses toiles qui doivent être lue à travers un prisme africain. Dans de nombreuses cultures du continent, l’ornement (scarifications, bijoux, peintures corporelles) est, en effet, un langage social et spirituel.
En recouvrant ses portraits de cristaux, Thomas crée une armure de lumière. Dans un marché de l’art longtemps dominé par la sobriété minimaliste occidentale, son exubérance affirme que la profusion et l’éclat ne sont pas des excès, mais des modes d’expression légitimes et puissants.
« L’amour est un acte de volonté » : Inspirée par l’intellectuelle bell hooks, Mickalene Thomas place l’amour radical au centre de son travail. Pour elle, représenter la beauté noire est un geste de soin et de guérison collective.
Paris, nouveau carrefour des imaginaires noirs
Cette rétrospective au Grand Palais s’inscrit dans une dynamique de visibilité croissante pour les artistes afro-descendants en France. Après les hommages à Kehinde Wiley ou les réflexions du Musée d’Orsay sur le « Modèle Noir« , l’œuvre de Thomas offre une réponse contemporaine et vibrante : qui a le pouvoir de se représenter soi-même ?
L’exposition dialogue avec la scène actuelle de Lagos à Johannesburg. Des artistes comme Njideka Akunyili Crosby ou Billie Zangewa partagent cette même urgence : replacer la femme noire au centre de son propre récit.
L’exposition en un coup d’œil
- Lieu : Grand Palais, Paris.
- Dates : Du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026.
- Le choc visuel : Des portraits « grand écran » mêlant peinture, collage et une pluie de cristaux.
- Le message : Une célébration de l’identité noire comme force de frappe esthétique et émotionnelle.






