Uranium au Niger : Orano appelle à un dialogue après la nationalisation de la SOMAÏR


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Orano
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Au cœur des tensions entre Paris et Niamey, l’exploitation de l’uranium nigérien cristallise des enjeux à la fois économiques, énergétiques et géopolitiques. Après la nationalisation de la SOMAÏR par les autorités nigériennes, le groupe français Orano plaide désormais pour un règlement négocié. Une crise qui pose la question du contrôle des ressources stratégiques en Afrique et de la sécurité énergétique de l’Europe.

Le bras de fer entre le groupe nucléaire français Orano et les autorités du Niger prend une nouvelle tournure. Vendredi, le directeur général du groupe, Nicolas Maes, a publiquement plaidé pour l’ouverture de discussions afin de trouver une issue négociée au différend qui oppose les deux parties autour de l’exploitation de l’uranium nigérien.

Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre Niamey et Paris, après la rupture des accords miniers et la nationalisation de la Société minière de l’Aïr (SOMAÏR), principale entité d’extraction d’uranium du pays. Nicolas Maes a insisté sur la nécessité de « se mettre autour d’une table ». Ce, pour envisager des solutions mutuellement acceptables. C’était lors de la présentation des résultats annuels du groupe. Selon lui, un compromis serait bénéfique à la fois pour le Niger, pour Orano et pour les salariés des mines concernées.

Orano-Niger : un contentieux stratégique autour de l’uranium

Présent au Niger depuis les années 1970, à l’époque sous le nom d’Areva, Orano a longtemps joué un rôle central dans l’exploitation de l’uranium nigérien, notamment à travers la SOMAÏR, dont il détenait 63,40% du capital avant la décision de nationalisation. L’uranium extrait au Niger alimente en partie le cycle du combustible nucléaire français. La France tire environ 65 à 70% de son électricité du nucléaire, un des taux les plus élevés au monde.

Même si l’approvisionnement est diversifié (Kazakhstan, Ouzbékistan, Canada), le Niger a historiquement représenté une source stratégique pour l’industrie française. La crise actuelle trouve son origine dans le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a porté au pouvoir un régime militaire à Niamey. Depuis, les nouvelles autorités ont engagé une refonte des partenariats économiques, notamment dans le secteur minier.

Arbitrages internationaux : Orano engage des procédures

Dans ce contexte, les accords liant le Niger à la France ont été remis en cause. Les autorités nigériennes ont annoncé la nationalisation de la SOMAÏR, justifiant cette décision par la volonté de renforcer la souveraineté nationale sur les ressources naturelles. Le Niger figure parmi les principaux producteurs mondiaux d’uranium. Selon les données de la World Nuclear Association, le pays se situe régulièrement dans le top 10 mondial, avec une production oscillant ces dernières années entre 2 000 et 3 000 tonnes d’uranium par an.

L’uranium représente une part importante des exportations nigériennes, bien que les retombées économiques pour la population fassent l’objet de débats récurrents. S’estimant lésé par la nationalisation et la rupture des accords miniers, Orano a engagé plusieurs procédures d’arbitrage devant des instances internationales compétentes. Ces mécanismes, prévus dans les contrats d’investissement internationaux, permettent aux entreprises de contester des décisions étatiques jugées contraires aux engagements contractuels.

Une volonté de renégocier les contrats miniers

Le groupe français cherche ainsi à défendre ses intérêts financiers et juridiques, tout en laissant la porte ouverte à une solution négociée. À ce stade, aucune réaction officielle n’a été rendue publique par les autorités nigériennes à la suite de l’appel au dialogue lancé par la direction d’Orano. Au-delà du différend bilatéral, cette crise soulève des questions sur la sécurité d’approvisionnement en uranium pour l’Europe. Si la dépendance directe de la France au minerai nigérien est aujourd’hui moins critique qu’auparavant grâce à la diversification des sources, le contexte géopolitique reste sensible.

La guerre en Ukraine et les tensions sur les marchés énergétiques ont ravivé l’importance stratégique des matières premières critiques, dont l’uranium. L’Union européenne cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement, notamment dans le cadre de sa transition énergétique et de la relance du nucléaire dans plusieurs États membres. Par ailleurs, la situation au Niger s’inscrit dans un mouvement observé dans certains pays africains. En effet, les gouvernements souhaitent renégocier les contrats miniers. Objectif :obtenir une part plus importante des revenus tirés de leurs ressources naturelles.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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