
Le conflit soudanais prend une nouvelle dimension sur le front diplomatique. Face à la multiplication des accusations d’exactions, les États-Unis ont annoncé des sanctions ciblées contre trois responsables des Forces de soutien rapide. Ces mesures financières visent des figures clés impliquées dans la chute d’El-Fasher.
Washington entend ainsi accentuer la pression internationale sur les auteurs présumés de crimes graves.
Une campagne de terreur méthodique au Darfour-Nord
Le siège d’El-Fasher, qui a duré près de 18 mois, restera dans les mémoires comme un calvaire sans nom pour les populations civiles. Entre mai 2024 et octobre 2025, les paramilitaires des FSR ont enserré la capitale du Darfour-Nord dans un étau mortel. En érigeant des remparts de terre pour bloquer l’aide humanitaire, les assaillants ont sciemment utilisé la famine comme une arme de guerre contre 260 000 civils piégés.
Une fois la ville tombée, le 26 octobre dernier, la violence a pris une dimension systémique. Les témoignages font état d’exécutions sommaires, de tortures et de violences sexuelles massives. Plus effrayant encore, une stratégie d’effacement des preuves aurait été mise en place par les FSR, consistant à brûler ou à enterrer les corps de dizaines de milliers de victimes pour masquer l’ampleur des massacres.
Le profil des commandants dans le viseur du Trésor
Parmi les trois individus sanctionnés par le Bureau du contrôle des avoirs étrangers (OFAC), le nom d’Elfateh Abdullah Idris Adam, tristement surnommé « Abu Lulu », ressort avec une acuité particulière. Surnommé le « boucher d’El-Fasher », ce général de brigade s’est illustré par une cruauté médiatisée. Il s’est filmé lui-même en train d’exécuter des prisonniers sans défense après les avoir humiliés sur leur appartenance tribale.
Les deux autres responsables, Gedo Hamdan Ahmed Mohamed (connu sous le nom d’« Abu Shok ») et Tijani Ibrahim Moussa Mohamed, occupaient des postes de commandement stratégiques durant la prise de la ville. Bien que les FSR aient tenté de simuler l’arrestation de certains d’entre eux pour apaiser la communauté internationale, ces chefs de guerre sont restés actifs sur le terrain, déplaçant parfois leur violence vers d’autres régions comme le Kordofan.
Une réponse internationale coordonnée contre l’impunité
Les sanctions américaines ne sont pas isolées. Elles font suite à des mesures similaires prises par le Royaume-Uni en décembre 2025 et l’Union européenne en janvier 2026. Cette coordination vise à isoler financièrement ces commandants en gelant leurs avoirs et en interdisant toute transaction commerciale avec des entités occidentales. Pour le secrétaire au Trésor Scott Bessent, il s’agit d’envoyer un message précis : les États-Unis ne toléreront pas cette campagne de nettoyage ethnique.
Au-delà de la punition individuelle, Washington espère provoquer un changement de comportement au sein de l’état-major des FSR. L’objectif ultime demeure l’instauration d’un cessez-le-feu humanitaire immédiat pour mettre fin à ce que les Nations unies qualifient désormais d’actes de génocide. Alors que le bilan dépasse les 150 000 morts à l’échelle nationale, la pression sur les généraux Hemedti et al-Burhan semble être l’unique levier pour stopper l’effondrement total du Soudan.




