Kenya-Soudan du Sud : vers une Commission Commerciale stratégique pour doper les échanges


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Accord commercial Soudan du Sud - Kenya
Accord commercial Soudan du Sud - Kenya

Réunis à Nairobi le 18 février 2026, les ministres du Commerce du Kenya et du Soudan du Sud ont franchi une étape décisive pour l’intégration régionale. Cette rencontre de haut niveau vise à instaurer une plateforme bilatérale permanente, conçue spécifiquement pour lever les barrières non tarifaires qui entravent encore la fluidité des échanges transfrontaliers au sein de l’Afrique de l’Est.

Un cadre institutionnel pour l’intégration économique

Le secrétaire d’État kenyan au Commerce, Lee Kinyanjui, a reçu une délégation conduite par la ministre sud-soudanaise de l’Industrie, Atong Kuol Juuk, dans le but de jeter les bases d’une Commission commerciale conjointe (Joint Trade Commission). Ce nouveau mécanisme servira d’organe de régulation pour la résolution des différends et l’harmonisation des politiques commerciales entre les deux nations voisines.

Selon Lee Kinyanjui, cette synergie repose sur des liens historiques profonds, notamment en matière de maintien de la paix. L’enjeu est désormais de transformer cette proximité diplomatique en un moteur de croissance, alors que 270 entreprises sud-soudanaises sont déjà implantées sur le sol kenyan, témoignant d’une volonté d’intégration qui ne demande qu’à être consolidée par des structures officielles.

Le Corridor Nord au cœur de la logistique régionale

L’efficacité du Corridor Nord constitue le point névralgique des discussions. Pour le Soudan du Sud, pays enclavé, l’accès au port de Mombasa et au dépôt de conteneurs de Nairobi représente une bouffée d’oxygène vitale. Les deux délégations ont exploré des solutions concrètes pour fluidifier le transit des marchandises, notamment par l’accélération des procédures douanières et une meilleure gestion de la manutention du fret intérieur afin de réduire drastiquement les délais portuaires.

Le ministère kenyan s’est engagé à soutenir ces initiatives conjointes en traitant prioritairement les retards aux frontières. Parallèlement, un volet crucial de cet accord repose sur le renforcement des capacités et le partage d’expertise technique, particulièrement dans le domaine de l’administration des douanes, afin d’unifier les standards opérationnels.

Sécurité et stabilité : Les fondations indispensables

Au-delà des aspects purement techniques et logistiques, les ministres ont identifié l’insécurité comme le principal frein structurel au développement économique. La libre circulation des biens et des citoyens reste perturbée par des tensions récurrentes dans les zones pastorales situées à la frontière kényano-sud-soudanaise. Les deux gouvernements s’accordent sur le fait que la stabilité politique et sécuritaire est le socle sur lequel repose tout le potentiel commercial futur.

Ce rapprochement s’inscrit dans la continuité d’un programme d’échange initié en 2025 avec la Chambre nationale de commerce et d’industrie du Kenya (KNCCI). À terme, la coopération devrait s’étendre aux secteurs de l’énergie pétrolière, du tourisme et des infrastructures de transport. Le projet ambitieux d’un corridor transfrontalier pour la faune sauvage via Lokichogio illustre également la volonté de diversifier les axes de collaboration.

Si le cadre institutionnel reste à bâtir, la convergence politique semble aujourd’hui totale.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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