
Le Kenya s’apprête à franchir une étape majeure dans la lutte contre le VIH avec l’introduction du lenacapavir, un traitement préventif injectable à longue durée d’action. Dès mars, quinze régions prioritaires bénéficieront de cette innovation qui promet de transformer la prévention, dans un contexte sanitaire et géopolitique sous tension.
Le paysage de la lutte contre le sida en Afrique de l’Est s’apprête à connaître un tournant décisif. Dès le mois de mars, le Kenya lancera officiellement l’administration du lenacapavir, un traitement préventif révolutionnaire, dans quinze régions prioritaires du pays. Cette initiative place la nation kényane à l’avant-garde d’une stratégie de santé publique qui mise sur l’innovation pour pallier les contraintes des traitements quotidiens.
Une révolution thérapeutique venue des États-Unis
Le lenacapavir n’est pas un vaccin, mais un antirétroviral à action prolongée dont l’efficacité frise la perfection. Avec un taux de protection supérieur à 99,9 %, ce médicament change radicalement la donne par rapport aux pilules classiques que les patients doivent ingérer chaque jour.
Ici, deux injections annuelles suffisent à maintenir une barrière robuste contre la transmission du virus. Le premier lot de 21 000 doses, issu d’un partenariat entre le fabricant américain Gilead Sciences et le Fonds mondial, est déjà arrivé sur le sol kényan, promettant de simplifier la vie de milliers de personnes à risque.
Un déploiement stratégique dans un contexte de crise
Le ministre de la Santé, Aden Duale, a confirmé que cette première phase se concentrera sur les zones où la prévalence est la plus marquée. Le Kenya, qui affiche un taux de prévalence nationale de 3,7 %, rejoint ainsi un groupe restreint de neuf pays africains, dont l’Afrique du Sud et la Zambie, sélectionnés pour tester cette technologie de pointe.
Ce déploiement intervient à un moment critique où l’Afrique orientale et australe concentre encore plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH dans le monde, selon les dernières données de l’Onusida.
Entre incertitudes budgétaires et enjeux diplomatiques
Si l’arrivée du lenacapavir suscite l’espoir, elle s’inscrit dans un climat géopolitique complexe. Le retrait de l’aide humanitaire américaine sous l’administration Trump a forcé le Kenya à renégocier ses alliances sanitaires. Un accord bilatéral de 2,5 milliards de dollars a été scellé pour compenser le démantèlement de l’USAID, engageant Nairobi à prendre une part financière de plus en plus importante dans sa propre sécurité sanitaire.
Cependant, ce montage financier ne fait pas l’unanimité : une contestation judiciaire menée par un sénateur kényan plane actuellement sur l’accord, invoquant des entorses à la Constitution, ce qui pourrait fragiliser la pérennité de ce programme ambitieux à long terme.




