
Le marché numérique nigérian est en ébullition après l’annonce d’une offensive réglementaire majeure contre l’un des nouveaux poids lourds du commerce en ligne. La Commission nigériane de protection des données (NDPC) a officiellement ouvert une enquête sur la plateforme Temu. Celle-ci est soupçonnée de naviguer hors des clous de la législation nationale sur la vie privée.
Cette procédure, ordonnée par le commissaire national Vincent Olatunji, place le groupe PDD Holdings, propriétaire de l’application, dans une position délicate au sein de l’économie la plus dynamique du continent.
Des soupçons de surveillance et de transferts illicites
Au cœur de cette enquête se trouve le respect de la loi nigériane sur la protection des données (NDP Act) de 2023. Les autorités soupçonnent Temu de ne pas respecter plusieurs principes fondamentaux. Il s’agit notamment de la transparence dans le traitement des informations et de l’exigence de minimisation des données, qui impose de ne collecter que le strict nécessaire. Plus préoccupant encore, le régulateur examine de près les transferts de données transfrontaliers. Avec 12,7 millions d’utilisateurs au Nigeria, l’exportation des informations personnelles hors du pays constitue un enjeu de souveraineté numérique et de sécurité nationale pour Abuja.
Une mise en demeure pour l’ensemble de la chaîne de traitement
L’action de la NDPC ne s’arrête pas à la plateforme elle-même. Dans un avertissement sans équivoque, le commissaire national a rappelé que les sous-traitants sont également dans le collimateur. Toute entreprise traitant des données pour Temu sans vérifier sa conformité à la loi de 2023 pourrait être tenue solidairement responsable. Cette approche vise à assainir l’écosystème numérique local. Elle oblige chaque acteur de la chaîne à exercer un devoir de diligence rigoureux sous peine de lourdes sanctions financières.
Un signal fort envoyé aux géants de la technologie
Cette enquête s’inscrit dans la volonté du Nigeria de reprendre le contrôle sur les flux de données de ses citoyens. Le précédent de Multichoice Nigeria, condamné en 2023 à une amende de 766 millions de nairas, montre que le régulateur n’hésite plus à frapper au portefeuille. Pour Temu, qui revendique 70 millions d’utilisateurs actifs quotidiens dans le monde, l’issue de cette procédure pourrait faire jurisprudence. Elle déterminera si les plateformes de e-commerce à bas prix peuvent poursuivre leur expansion en Afrique sans se plier aux exigences locales de protection de la vie privée.




