Déploiement militaire américain dans l’État de Borno au Nigeria : ce qu’il faut savoir


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Le Président américain, Donald Trump
Le Président américain, Donald Trump

Des avions militaires américains ont atterri à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. Ce déploiement  marque une nouvelle phase de la coopération sécuritaire entre les États-Unis et le Nigeria. Officiellement cantonné à un rôle de soutien, ce déploiement progressif prévoit l’envoi de soldats et d’instructeurs chargés de renforcer les capacités des forces nigérianes face à la persistance des violences djihadistes, notamment celles de Boko Haram et de l’ISWAP. Alors que Washington affirme privilégier la formation et le renseignement plutôt qu’une implication directe dans les combats, cette présence accrue ravive les débats sur l’évolution du rôle militaire américain en Afrique de l’Ouest.

Trois appareils de l’armée américaine ont atterri à Maiduguri, capitale de l’État de Borno. Ce déploiement militaire marque une nouvelle étape dans la coopération sécuritaire entre Washington et Abuja. À leur bord, des soldats et du matériel destinés à appuyer les forces nigérianes engagées contre les groupes armés dans le nord-est du pays. Selon des sources sécuritaires, une centaine de militaires américains sont arrivés lors de cette première rotation entre jeudi et dimanche. D’autres vols sont annoncés dans les semaines à venir, dans le cadre d’un dispositif présenté comme progressif et temporaire. Les autorités nigérianes insistent : les troupes américaines ne participeront pas aux opérations offensives.

Une mission d’appui, sans implication directe dans les combats

Le porte-parole du quartier général de la Défense a précisé que leur rôle se limitera à des fonctions de soutien. Notamment en matière de planification, de coordination et de renseignement. Washington a, de son côté, confirmé l’envoi prochain d’environ 200 instructeurs militaires supplémentaires. Ces personnels seront chargés de former et de conseiller l’armée nigériane. Objectif : améliorer l’efficacité des opérations combinant frappes aériennes, collecte d’informations et interventions terrestres.

Cette coopération s’inscrit dans le cadre d’échanges bilatéraux intensifiés fin 2025 entre le président nigérian Bola Tinubu et des responsables américains. Le chef du United States Africa Command (Africom), le général Dagvin R. M. Anderson, s’est récemment rendu à Abuja pour rencontrer les autorités sécuritaires et visiter des structures conjointes de renseignement.

Boko Haram et l’ISWAP, une menace significative

Le nord-est du Nigeria reste confronté à l’activisme de Boko Haram et de sa branche dissidente affiliée à État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Depuis le début de l’insurrection en 2009, le conflit a provoqué des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de deux millions de personnes, selon les estimations humanitaires. Si l’armée nigériane affirme avoir repris plusieurs bastions stratégiques, les groupes armés conservent une capacité d’action significative.

Embuscades contre les forces de sécurité, attaques de villages, enlèvements de civils et sabotages d’infrastructures, sont légion. Pour Washington, renforcer les capacités locales est essentiel afin d’éviter une extension de l’instabilité vers le golfe de Guinée, alors que plusieurs pays du Sahel connaissent une dégradation sécuritaire et une recomposition des alliances militaires.

Des frappes américaines autorisées par Donald Trump

Ce déploiement intervient après des frappes aériennes américaines menées fin 2025 dans l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria. Autorisées par le Président Donald Trump, ces opérations visaient des cibles présentées comme liées à des réseaux djihadistes. Si le Pentagone a défendu des actions « ciblées et limitées », ces frappes ont alimenté le débat sur l’évolution du rôle militaire américain en Afrique de l’Ouest.

Officiellement, la stratégie actuelle privilégie le partenariat, la formation et le soutien logistique plutôt qu’une implication directe dans les combats. Les relations entre Abuja et Washington ont également été marquées par des divergences sur l’analyse des violences communautaires au Nigeria. Les États-Unis ont classé le pays parmi les nations « particulièrement préoccupantes » en matière de liberté religieuse.

Tensions autour des violences religieuses

Donald Trump a publiquement critiqué la gestion des attaques visant des communautés chrétiennes. Les autorités nigérianes rejettent une lecture exclusivement religieuse du conflit, soulignant que musulmans et chrétiens figurent parmi les victimes. Dans la région centrale dite de la Middle Belt, les affrontements opposent régulièrement agriculteurs sédentaires et éleveurs peuls. Avec plus de 220 millions d’habitants et la première économie d’Afrique en termes de PIB, le Nigeria demeure un acteur central de l’équilibre sécuritaire régional. Pour les États-Unis, soutenir Abuja revient à contenir la progression des groupes extrémistes dans une zone stratégique.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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