
La crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase diplomatique. Après la proposition de cessez-le-feu formulée par le Président angolais, João Lourenço, Bruxelles et Washington multiplient les signaux d’encouragement tout en appelant à une mise en œuvre concrète et vérifiable sur le terrain.
La proposition de cessez-le-feu faite par l’Angola dans la guerre à l’est de la RDC continue de susciter des réactions aussi bien au Congo Kinshasa que dans les chancelleries occidentales. Si de son côté, Kinshasa a déjà accepté le principe d’un arrêt des hostilités prévu pour le 18 février, la communauté internationale, elle, insiste désormais sur un point central : l’heure n’est plus aux déclarations, mais à l’exécution effective des engagements.
Une initiative angolaise au cœur du jeu diplomatique
La proposition de cessez-le-feu est née d’une rencontre à Luanda réunissant João Lourenço, le président congolais, Félix Tshisekedi, le président togolais, Faure Gnassingbé – médiateur désigné par l’Union africaine – et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, l’un des facilitateurs du processus de paix.
Cette initiative s’inscrit dans une architecture diplomatique plus large, consolidée lors d’une réunion de haut niveau tenue à Lomé le 17 janvier 2026. L’UA y a précisé le cadre de sa médiation, désormais placé sous l’autorité de Faure Gnassingbé, appuyé par plusieurs co-facilitateurs et un secrétariat conjoint associant l’organisation continentale et des structures régionales. L’objectif affiché : harmoniser les multiples processus en cours – notamment celui de Doha – et éviter la dispersion des initiatives qui a souvent fragilisé les tentatives précédentes de stabilisation dans la région des Grands Lacs.
La Belgique insiste sur la vérification et l’aide humanitaire
À Bruxelles, le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie belge, Maxime Prévot, a salué sur le réseau social X « une avancée importante » susceptible d’ouvrir une nouvelle dynamique diplomatique. Il met en avant deux leviers essentiels :
- le mécanisme de vérification destiné à garantir le respect du cessez-le-feu ;
- la facilitation de l’accès humanitaire pour les populations affectées.
La mission effectuée à Goma par la représentante spéciale par intérim du secrétaire général des Nations unies s’inscrit, selon lui, dans cette logique de consolidation sur le terrain. Pour la Belgique, ancienne puissance coloniale historiquement impliquée dans la région, la crédibilité du processus dépendra de sa capacité à améliorer rapidement la situation des civils.
Bruxelles appelle également les forces politiques congolaises à soutenir un dialogue inclusif, soulignant que la paix durable ne saurait être uniquement militaire.
Washington réclame des actes immédiats
Du côté américain, le ton se veut à la fois encourageant et exigeant. Massad Boulos, conseiller principal du Président américain pour l’Afrique, a salué l’acceptation par Kinshasa de la proposition angolaise, y voyant un signal positif. Mais il insiste sur la nécessité d’une traduction immédiate en actes concrets : cessation totale des hostilités, arrêt des attaques de drones et priorité absolue à la protection des civils.
Washington met également l’accent sur la mise en œuvre rapide du mécanisme de surveillance et de vérification convenu à Doha. Pour les États-Unis, l’enjeu est double : stabiliser une région stratégique riche en ressources critiques et éviter un nouvel enlisement militaire aux conséquences humanitaires et géopolitiques lourdes.
Kinshasa prudent, l’AFC/M23 sceptique
Dans un communiqué officiel, la présidence congolaise affirme que le Président Félix Tshisekedi accepte le cessez-le-feu « dans un esprit de responsabilité et d’apaisement ». Mais Kinshasa prévient : toute consolidation unilatérale des positions militaires pendant la trêve compromettrait gravement le processus. De son côté, le mouvement rebelle AFC/M23 adopte une posture ambivalente. Son coordonnateur politique, Corneille Nangaa, affirme que le mouvement est prêt à appliquer « sans délai et de bonne foi » le mécanisme issu du processus de Doha.
Toutefois, il dénonce ce qu’il qualifie de « fragmentation diplomatique » orchestrée par Kinshasa, accusant le gouvernement de multiplier les cadres parallèles pour diluer les négociations. Le mouvement affirme également que les forces gouvernementales poursuivent des opérations offensives, y compris des bombardements affectant des zones civiles. Ces accusations réciproques illustrent la fragilité du climat de confiance, condition pourtant indispensable à la réussite d’un cessez-le-feu.
Entre rivalités régionales et pression internationale
Au-delà du face-à-face congolais, la crise de l’est de la RDC reste profondément régionale. Les tensions avec le Rwanda, les rivalités d’influence et la multiplicité des médiations – Angola, Togo, Qatar, États-Unis – créent une configuration diplomatique complexe. La réunion de Lomé avait précisément pour objectif d’éviter la concurrence entre initiatives et d’assurer une coordination étroite avec Washington et Doha. Mais sur le terrain, l’empilement des processus nourrit la méfiance des acteurs armés, chacun craignant d’être marginalisé.
Au total, pour Bruxelles comme pour Washington, le cessez-le-feu proposé par João Lourenço représente une opportunité rare de désescalade. Mais cette opportunité pourrait rapidement se refermer si les mécanismes de vérification ne sont pas activés et si les violations persistent. L’est de la RDC a déjà connu plusieurs trêves avortées. La différence, cette fois, pourrait résider dans l’alignement plus visible des partenaires internationaux derrière une architecture de médiation clarifiée par l’Union africaine.



