
Face à la recrudescence des violences armées et à la fragmentation des menaces sécuritaires, Abuja intensifie ses partenariats internationaux pour consolider sa riposte militaire. Le rapprochement avec Washington se traduit désormais par des actions concrètes, allant du soutien logistique aux interventions ciblées, en passant par des projets d’armement de pointe. Cette dynamique marque une étape importante dans la stratégie antiterroriste du Nigeria.
La relation sécuritaire entre Abuja et Washington connaît une nouvelle accélération. Entre livraisons d’équipements militaires, discussions avancées sur l’acquisition d’hélicoptères de combat et frappes ciblées contre des groupes affiliés à l’État islamique, les États-Unis s’imposent comme un partenaire central de la lutte antiterroriste au Nigeria. Cette intensification de la coopération intervient dans un contexte d’insécurité persistante, notamment dans le nord et le nord-ouest du pays.
Des équipements américains pour soutenir les opérations nigérianes
Le Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom) a annoncé la livraison récente de matériel militaire destiné aux forces nigérianes. Selon un message diffusé sur le réseau social X, cette assistance vise à appuyer les « opérations en cours au Nigeria » et à illustrer la solidité du partenariat sécuritaire entre les deux pays, en particulier dans la lutte contre les groupes djihadistes actifs dans la région.
Si la nature exacte des équipements livrés n’a pas été rendue publique, cette annonce s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement capacitaire des forces armées nigérianes, confrontées à une multiplicité de menaces : Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans le nord-est, groupes armés criminels dans le nord-ouest, et tensions communautaires récurrentes.
Des négociations avancées pour des hélicoptères de combat
En parallèle, Abuja et Washington discutent activement d’un projet stratégique majeur : l’acquisition par le Nigeria de 12 hélicoptères d’attaque AH-1Z Viper, fabriqués par l’américain Bell Textron. Une rencontre récente à San Diego a réuni le chef d’état-major de l’armée de l’air nigériane, des responsables du gouvernement américain et des représentants du constructeur. Ces appareils, réputés pour leurs capacités de combat rapproché, de reconnaissance armée et d’appui aérien, pourraient considérablement renforcer la supériorité aérienne nigériane.
Des discussions similaires avaient déjà eu lieu en juin 2025, dans le cadre d’une coopération élargie incluant la formation des pilotes, le partage de renseignements et le soutien à la maintenance. Fait marquant, les États-Unis ont mené, fin décembre, une opération militaire directe sur le sol nigérian contre des combattants affiliés à l’État islamique. Il s’agit de la première intervention armée américaine de ce type au Nigeria sous la présidence de Donald Trump.
Abuja confirme la coordination sécuritaire
Le président américain a revendiqué des frappes « puissantes et meurtrières » contre un camp de l’EI situé dans l’État de Sokoto, affirmant que les cibles étaient responsables de violences meurtrières, notamment contre des populations chrétiennes. Le Pentagone a confirmé l’opération, indiquant que plusieurs combattants terroristes avaient été neutralisés. Les autorités nigérianes ont rapidement confirmé l’existence de ces frappes, tout en soulignant qu’elles s’inscrivaient dans un cadre de coopération bilatérale.
Le ministère des Affaires étrangères a évoqué des « frappes de précision » menées grâce à un partage de renseignements et une coordination stratégique avec Washington. Cette coopération s’étend également à d’autres domaines sensibles. Le même jour que l’annonce de la livraison d’équipements, une délégation de l’Africom a rencontré à Abuja le directeur de l’agence nationale antidrogue, qui a sollicité un appui américain pour renforcer la sécurité aéroportuaire, un maillon clé dans la lutte contre les trafics et le financement du terrorisme.
Une rhétorique américaine qui suscite le débat
L’intervention américaine s’accompagne toutefois d’une rhétorique controversée. Donald Trump insiste depuis plusieurs mois sur la défense des chrétiens au Nigeria, présentant les violences comme essentiellement confessionnelles. Cette lecture est nuancée par les autorités nigérianes, qui rappellent que les victimes des groupes armés sont aussi bien chrétiennes que musulmanes, et que les causes de l’insécurité sont multiples : pauvreté, conflits fonciers, criminalité organisée et fragilité de l’État local.
Puissance démographique et économique majeure en Afrique, le Nigeria reste prudent face à toute internationalisation excessive de son conflit interne. Si l’appui américain est jugé crucial pour renforcer les capacités militaires, il relance aussi les débats sur la souveraineté, les droits humains et l’équilibre entre coopération étrangère et solutions locales. Face à la persistance de la menace djihadiste, le Nigeria mise de plus en plus sur une alliance sécuritaire renforcée avec les États-Unis pour tenter de stabiliser ses régions les plus vulnérables.





