
La séquence de violence enregistrée près de l’aéroport international de Niamey a ravivé les craintes autour de la sécurité dans la capitale nigérienne. Revendiquée par l’État islamique au Sahel, l’opération fait ressortir la vulnérabilité de sites stratégiques concentrant enjeux militaires, économiques et civils. Tandis que les autorités procèdent à des inspections et que les versions divergent, l’absence d’informations précises entretient un climat d’incertitude.
Une semaine après les échanges de tirs survenus aux abords de l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey, les autorités nigériennes tentent de rassurer, tandis que de nombreuses questions demeurent sans réponse. L’attaque, revendiquée par l’État islamique au Sahel (EIS), a visé l’un des sites les plus sensibles du pays, au cœur d’un dispositif militaire et sécuritaire stratégique. Entre communication officielle prudente et propagande djihadiste détaillée, les faits restent difficiles à établir avec précision.
Les autorités nigériennes inspectent un site hautement stratégique
Le ministre des Transports, le colonel-major Abdourahmane Amadou, s’est rendu sur place accompagné de hauts responsables de la sécurité nationale, dont le commandant de la gendarmerie, le directeur général de la police et celui de l’aviation civile. Cette visite avait pour objectif d’évaluer l’efficacité du système de surveillance de l’aéroport, notamment après la diffusion d’informations faisant état de possibles failles exploitées par les assaillants.
Selon la télévision nationale, les autorités ont inspecté les installations de vidéosurveillance, composées de dizaines de caméras couvrant le périmètre extérieur et intérieur de l’aéroport. Ces dispositifs permettent un contrôle en temps réel des mouvements autour de l’enceinte, un élément central dans la sécurisation d’un site aussi exposé.
La version de l’État islamique au Sahel : repérage et infiltration
Dans un communiqué, l’État islamique au Sahel affirme avoir préparé l’attaque pendant plusieurs semaines. Le groupe djihadiste évoque un travail de reconnaissance approfondi ayant permis d’identifier un point faible sur le flanc est de l’aéroport. Selon cette version, un assaillant aurait escaladé une clôture avant d’ouvrir un portail depuis l’intérieur, facilitant l’intrusion du commando.
Le groupe affirme avoir ciblé des équipements militaires, notamment des aéronefs stationnés sur la base attenante à l’aéroport. Une vidéo diffusée sur ses canaux de propagande montre des images d’attaques contre un hélicoptère et de petits avions, ainsi que des séquences tournées dans la zone civile, une mise en scène destinée à démontrer sa capacité à frapper au cœur de la capitale.
Des détonations nocturnes et une population sous le choc
Dans la nuit des faits, de fortes explosions et des tirs soutenus ont été entendus pendant près d’une heure dans le sud-est de Niamey. Cette zone concentre plusieurs infrastructures critiques : la base aérienne 101 de l’armée nigérienne, des installations de drones, des stocks d’uranium destinés à l’exportation, ainsi que le quartier général de la force conjointe mise en place par le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
La violence des détonations a provoqué un mouvement de panique parmi les riverains et les passagers présents à l’aéroport. Plusieurs témoins rapportent des scènes de fuite précipitée, certains voyageurs quittant les lieux à pied par crainte d’une escalade. Le trafic aérien a été temporairement perturbé, avec des vols déroutés vers d’autres aéroports de la région.
Défense antiaérienne ou riposte sécuritaire ?
Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrant des traînées lumineuses dans le ciel nocturne ont alimenté les spéculations. Certains observateurs évoquent l’activation de systèmes de défense antiaérienne, laissant supposer une possible menace venue des airs, comme une attaque de drones ou une tentative de reconnaissance hostile. Aucune confirmation officielle n’a toutefois été apportée par les autorités nigériennes.
Le silence prolongé sur le bilan humain et matériel renforce les interrogations. S’agit-il d’une attaque djihadiste d’ampleur limitée, d’un incident de sécurité interne ou d’une opération militaire mal interprétée par la population ? À ce stade, les autorités n’ont fourni que peu d’éléments concrets.
Intensification des menaces djihadistes
Depuis le coup d’État de juillet 2023, le Niger traverse une période de transition marquée par le retrait des forces occidentales et une réorganisation profonde de son appareil militaire. Les autorités affirment renforcer leur souveraineté sécuritaire, mais les attaques armées persistent, y compris contre des symboles de l’État.
Membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Burkina Faso, le Niger fait face à une intensification des menaces djihadistes. La concentration d’infrastructures militaires, économiques et civiles autour de l’aéroport de Niamey en fait une cible privilégiée pour des actions de déstabilisation. Alors que les investigations se poursuivent, la population de Niamey reste marquée par cette nuit de violence. Au-delà des dégâts matériels, c’est le sentiment de vulnérabilité qui domine.





