
Dix ans après sa création, le think tank sénégalais a réuni experts et décideurs à Dakar pour analyser les nouvelles formes du terrorisme ouest-africain et repenser les stratégies de riposte.
Le 4 janvier 2025, Dakar accueillait un séminaire régional d’envergure organisé par le Tumbuktu Institute, marquant ainsi le dixième anniversaire de son engagement dans la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent au Sahel. Fondé en 2015, ce centre de recherche et d’action s’est imposé comme une référence incontournable dans l’analyse des dynamiques sécuritaires ouest-africaines.
Tumbuktu Institute : 10 ans d’expertise sur la prévention de la radicalisation
Basé à Dakar, le Tumbuktu Institute s’est distingué par son approche multidimensionnelle combinant recherche académique, formations de terrain et plaidoyer politique. Dirigé par le Dr. Bakary Sambe, spécialiste reconnu des mouvements islamistes sahéliens, l’institut a développé une expertise pointue sur les facteurs de radicalisation, les réseaux djihadistes et les réponses communautaires à l’extrémisme violent.
Au fil d’une décennie d’activité, l’organisation a formé des centaines d’acteurs locaux, des leaders religieux, des jeunes, des femmes, des journalistes… aux mécanismes de prévention de la radicalisation, tout en publiant des analyses régulièrement citées par les institutions internationales.
L’évolution de la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest
Le séminaire du 4 janvier réunissait chercheurs, praticiens de la sécurité et représentants institutionnels autour d’un constat partagé : le terrorisme ouest-africain a profondément muté depuis l’émergence d’AQMI au début des années 2010. Les discussions ont mis en lumière trois évolutions majeures :
- La fragmentation des groupes armés : C’est l’une des transformations les plus significatives. Là où opéraient quelques organisations structurées, on observe désormais une nébuleuse de katibas aux allégeances mouvantes. Cette atomisation rend la cartographie du jihadisme sahélien particulièrement complexe et s’accompagne d’une diversification des sources de financement.
- Un ancrage territorial et local : Les intervenants ont souligné l’implantation croissante des groupes terroristes dans certaines zones rurales marginalisées. Ils parviennent à s’insérer dans les économies locales et les systèmes de gouvernance communautaire, transformant fondamentalement la nature de la menace.
- L’expansion vers le Golfe de Guinée : La dimension transnationale s’est renforcée, avec des circulations accrues entre le Sahel, le bassin du lac Tchad et désormais les pays côtiers (Bénin, Togo, Côte d’Ivoire), où les incursions se multiplient.
Nouvelles stratégies : gouvernance locale et coopération régionale
Face à ces mutations, le séminaire a exploré les nécessaires adaptations stratégiques. Les participants ont insisté sur l’échec relatif des approches exclusivement militaires (« le tout sécuritaire ») et la nécessité d’investir davantage dans la prévention, la gouvernance locale et le développement des zones vulnérables.
La coopération régionale, malgré les tensions politiques actuelles, demeure un impératif face à un phénomène transfrontalier. Les transitions politiques récentes au Mali, au Burkina Faso et au Niger, couplées au retrait des forces occidentales, imposent de repenser totalement les mécanismes de coordination entre États sahéliens.
Enfin, deux leviers sous-exploités ont été identifiés :
- L’implication accrue des communautés locales dans les dispositifs de résilience.
La lutte contre les narratifs extrémistes dans l’espace numérique, devenu un front incontournable de la guerre informationnelle. - En célébrant ses dix ans d’existence, le Tumbuktu Institute confirme son rôle d’espace de dialogue et de réflexion critique sur l’un des défis majeurs du continent africain. Les échanges ont démontré que si la menace terroriste continue d’évoluer, la capacité d’analyse et d’adaptation des acteurs régionaux progresse également.



