
Le groupe jihadiste Jnim a lancé une attaque meurtrière contre les chasseurs traditionnels de Dan Na Ambassagou le 4 février à Kendié, dans la région de Bandiagara. Un épisode sanglant qui rappelle le rôle de plus en plus central des milices locales dans la lutte contre les groupes armés, alors que l’armée malienne semble s’être retirée du front dans cette partie du pays.
Dans la région tourmentée de Bandiagara, au centre du Mali, une attaque d’une violence redoutable a frappé, le 4 février 2026, la localité de Kendié. Cinq chasseurs traditionnels dozos, membres du groupe armé Dan Na Ambassagou, y ont perdu la vie, tandis que quatre autres ont été grièvement blessés. Selon plusieurs sources concordantes, les assaillants appartenaient au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, qui a revendiqué l’attaque et diffusé des images de propagande montrant des corps et du matériel brûlé.
D’après les témoignages recueillis sur place, les jihadistes auraient d’abord utilisé des drones kamikazes pour affaiblir la position, avant de mener un assaut terrestre contre la milice dozo. Ce mode opératoire confirme l’évolution tactique du Jnim, qui combine désormais technologie et guérilla classique.
Une armée en retrait, une milice en première ligne
Depuis plusieurs mois, les affrontements entre l’armée malienne et le Jnim ont pratiquement disparu dans la région de Bandiagara. Plusieurs observateurs locaux (chefs de villages, élus, membres des milices) évoquent un accord tacite de non-agression passé entre les forces armées maliennes et le groupe jihadiste, permettant à ce dernier de circuler librement, de prélever la zakat dans certains villages, et même de faciliter le retour de déplacés dans d’autres localités.
Dans ce contexte, Dan Na Ambassagou est devenu le dernier rempart contre les incursions jihadistes dans la région. Fondé en 2016 pour défendre les populations dogons face aux violences armées, le groupe est aujourd’hui en première ligne, sans soutien militaire direct.
Le chef des dozos, Youssouf Toloba, a récemment publié plusieurs vidéos appelant à l’aide, exprimant son inquiétude face au silence des autorités et affirmant la détermination de ses hommes à continuer le combat contre le Jnim.
Une tension grandissante et des risques accrus
L’attaque de Kendié n’est pas un fait isolé. Le 12 janvier, dans la même zone, une autre attaque jihadiste à Koundialan avait fait une dizaine de morts, parmi lesquels des villageois. La stratégie du Jnim semble consister à affaiblir progressivement les milices locales tout en consolidant son ancrage territorial.
Alors que l’armée semble désormais en position d’observatrice passive, le risque d’une recrudescence de la violence communautaire augmente, les milices étant parfois perçues comme partisanes dans un contexte multiethnique sensible.
La question de la sécurité à Bandiagara pose donc une interrogation lourde : peut-on durablement déléguer la lutte antijihadiste à des groupes armés locaux, aussi enracinés soient-ils, sans mettre en péril la stabilité et la cohésion sociale ?
Qui sont les dozos de Dan Na Ambassagou ?
Dan Na Ambassagou est une milice armée composée principalement de chasseurs traditionnels dozos, actifs dans le centre du Mali. Créée officiellement en 2016, elle a pour objectif de protéger les populations dogons contre les attaques jihadistes, notamment celles menées par le Jnim et d’autres groupes affiliés. Bien que souvent accusée de représailles violentes contre des communautés peules, la milice est aujourd’hui perçue comme le dernier rempart sécuritaire dans certaines zones abandonnées par l’armée.




