Niamey : l’onde de choc qui fissure le récit russe


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Alliance des États du Sahel
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Le 29 janvier 2026, l’aéroport international Diori Hamani de Niamey est frappé par une attaque coordonnée de combattants affiliés à l’État islamique au Sahel.

Ce site n’est pas un simple point de transit : il concentre la base militaire 101, où se croisent forces nigériennes, contingents de l’Alliance des États du Sahel, mercenaires russes de l’Africa Corps, militaires italiens et infrastructures civiles vitales. Dans le périmètre élargi, des stocks d’uranium sont signalés. L’assaut, repoussé avec l’appui des forces nigériennes et russes, est immédiatement présenté par Moscou comme une victoire opérationnelle. Mais derrière la communication officielle, les images des assaillants et les témoignages locaux révèlent une réalité plus sombre : avions détruits, infrastructures endommagées, capacités aériennes réduites. Plus inquiétant encore, l’attaque n’avait pas été anticipée.

Une victoire militaire, une humiliation stratégique

Niamey est le cœur du dispositif sécuritaire nigérien depuis le coup d’État de 2023 et le retrait progressif des forces occidentales. Elle incarne aussi l’alliance stratégique avec Moscou. L’Africa Corps y est déployé pour protéger les sites sensibles. Que des djihadistes aient pu frapper sans alerte préalable expose une faille majeure : le renseignement. Pour les autorités nigériennes, l’impact dépasse le champ militaire. La promesse russe était celle d’une sanctuarisation des centres de pouvoir. L’attaque démontre au contraire que même les bastions supposés inviolables restent vulnérables.

Africa Corps, l’héritage Wagner en panne

Créé après la mort de Prigojine et la marginalisation de Wagner, l’Africa Corps devait incarner une rupture. Placé sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, il était censé corriger les dérives de son prédécesseur : indiscipline, autonomie excessive, coût politique croissant. Deux ans plus tard, le constat est sévère. Au Mali, les revers s’accumulent : embuscade meurtrière à Tinzaouatène en 2024, attaques spectaculaires à Bamako, incapacité à briser le blocus imposé par le JNIM.

Le remplacement officiel de Wagner par l’Africa Corps en 2025 n’a pas inversé la tendance. En Centrafrique, Bangui refuse catégoriquement de remplacer Wagner, jugeant l’offre russe trop chère et inefficace. L’attaque de Niamey s’inscrit dans cette série d’échecs. Elle confirme que la transition post-Wagner n’a pas restauré l’efficacité opérationnelle ni renforcé la crédibilité stratégique de Moscou en Afrique.

Le contre-feu du SVR : diversion et mépris

Le 2 février, quatre jours après l’attaque, le Service des renseignements extérieurs russe publie un communiqué accusant la France de préparer des coups d’État et des assassinats en Afrique. Aucun élément tangible n’accompagne ces accusations. Le choix du SVR, directement rattaché à Poutine, est révélateur : le dossier nigérien est remonté au sommet de l’État.

La manœuvre vise à détourner l’attention et à réactiver le récit central de Moscou : l’Afrique menacée par l’Occident, protégée par la Russie. Mais cette stratégie soulève un malaise. En diffusant des accusations sans preuves, Moscou traite ses partenaires africains comme des publics captifs, sommés de reprendre un narratif préfabriqué. La diffusion par les médias d’État et les ambassades russes accentue ce sentiment d’asymétrie. Pour plusieurs diplomates africains, la manœuvre est grossière et traduit une perte de sang-froid. Elle risque d’éroder davantage une confiance déjà fragilisée par les revers militaires.

Les fissures malienne et centrafricaine

Dans ce climat, la visite de Nick Checker, haut responsable américain, à Bamako prend une dimension particulière. Le Mali, vitrine de l’offre sécuritaire russe au Sahel, aurait évoqué une reprise conditionnelle de la coopération militaire avec Washington, à la seule condition du départ de l’Africa Corps.

En Centrafrique, le président Touadéra explore lui aussi de nouvelles options, avec des discussions ouvertes avec les États-Unis sur la sécurité et les mines. Bangui cherche à équilibrer ses relations entre Moscou, Abu Dhabi et Washington. Si ce retour américain se confirme, ce serait un revers stratégique majeur pour Moscou. Car le Mali et la Centrafrique sont la vitrine de son alternative sécuritaire.

Le Kremlin en mode crise

En coulisses, l’attaque de Niamey a accéléré une réflexion déjà en cours. Moscou envisagerait de créer une structure interministérielle rattachée directement à la présidence pour superviser ses opérations extérieures. Cette centralisation n’est pas signe de force, mais de crise. En Russie, un dossier repris en main par le sommet traduit généralement l’échec des relais intermédiaires. Le dispositif africain, incarné par Wagner puis l’Africa Corps, est désormais jugé défaillant. Le vice-ministre de la Défense Yunus-bek Evkourov, chargé de la transition, pourrait en payer le prix. Les revers extérieurs en Russie entraînent souvent des sanctions rapides pour leurs responsables.

Au-delà de cette reprise en main, une interrogation persiste : quelle marge de manœuvre stratégique Moscou peut-elle encore offrir au continent africain, après l’échec de Wagner et les limites désormais mises en lumière de l’Africa Corps ?

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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