Saïf al-Islam Kadhafi assassiné : un symbole controversé tombe dans une Libye toujours en crise


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Seif al-Islam Kadhafi

Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a été abattu à son domicile de Zintan par un commando armé. L’homme de 53 ans, longtemps perçu comme l’héritier politique du régime déchu, était recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité.

Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a été assassiné mardi 4 février à Zintan, dans l’ouest de la Libye. L’homme de 53 ans, longtemps présenté comme l’héritier politique du régime tombé en 2011, a été abattu par un commando armé non identifié. Ce meurtre relance les incertitudes dans un pays toujours divisé entre factions rivales et enlisé dans une instabilité chronique.

Exécution ciblée dans un climat explosif

Selon son avocat français Marcel Ceccaldi, Saïf al-Islam a été tué « vers 14 heures locales, dans sa maison, par un commando de quatre personnes ». Ces hommes armés auraient neutralisé les caméras de surveillance avant de pénétrer dans la résidence et de l’exécuter. Aucune revendication n’a été formulée à ce stade, mais plusieurs proches évoquent des « failles de sécurité » signalées depuis une dizaine de jours.

Le conseiller de l’ancien candidat, Abdullah Othman Abdurrahim, a confirmé l’information à la chaîne Libya al-Ahrar, précisant que l’attaque s’était déroulée dans la région de Zintan, où Saïf al-Islam avait longtemps été détenu après la chute de son père.

Une figure controversée du paysage libyen

Formé en Occident, Saïf al-Islam avait tenté dans les années 2000 de se forger une image de réformateur, apparaissant comme le visage modéré du régime. Mais cette réputation a été détruite dès les premières heures de la rébellion en 2011, lorsqu’il menaça les insurgés de « bains de sang ».

Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il avait été capturé cette même année dans le sud de la Libye. Il fut ensuite jugé et condamné à mort en 2015 dans un procès dénoncé par plusieurs ONG comme expéditif. Une amnistie lui avait toutefois permis de recouvrer une semi-liberté, dans l’ombre, entre déplacements discrets et manœuvres politiques.

Un retour politique avorté

En 2021, contre toute attente, il avait déposé sa candidature à la présidentielle libyenne. Malgré sa réputation sulfureuse, son retour avait galvanisé une partie des nostalgiques de l’ancien régime. Sa candidature avait suscité de vifs débats, et l’élection fut finalement annulée, illustrant l’impasse institutionnelle dans laquelle demeure la Libye.

Avec sa disparition brutale, certains analystes évoquent une transformation posthume de Saïf al-Islam en figure martyre, capable de nourrir la colère d’une frange de la population favorable à un retour de l’ordre autoritaire.

La Libye toujours en proie aux rivalités

Depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011, la Libye reste morcelée entre deux autorités rivales : d’un côté, le gouvernement d’unité nationale (GUN) basé à Tripoli, reconnu par les Nations unies ; de l’autre, un pouvoir parallèle installé à Benghazi, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar.

La violence politique, les assassinats ciblés et les jeux d’influence armés y sont monnaie courante. Dans ce contexte, l’assassinat de Saïf al-Islam s’inscrit comme un nouvel épisode d’un feuilleton tragique, révélateur d’un État toujours incapable de garantir sécurité, justice ou unité.

Qui était Saïf al‑Islam Kadhafi ?

Saïf al-Islam Kadhafi (1968‑2026) était le deuxième fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et longtemps présenté comme son successeur potentiel. Formé en Europe, notamment à Londres, il s’était imposé dans les années 2000 comme le visage « réformateur » du régime, plaidant pour une ouverture économique et politique limitée.

Sa trajectoire bascule en 2011, au début du soulèvement contre son père. Dans une allocution restée célèbre, il menace alors les opposants de « bains de sang », devenant l’un des symboles de la répression. Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il est arrêté la même année, condamné à mort en 2015, puis libéré à la faveur d’une amnistie controversée.

Disparu de la scène publique pendant plusieurs années, Saïf al‑Islam tente un retour politique en 2021 en se portant candidat à l’élection présidentielle, misant sur les réseaux de l’ancien régime et une partie de la population nostalgique de l’ère Kadhafi. Une ambition restée inaboutie dans une Libye toujours fragmentée.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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