
L’aéroport de Niamey a été brièvement secoué par des échanges de tirs dans la nuit de mercredi à jeudi, un épisode encore inexpliqué qui intervient dans un contexte sécuritaire déjà tendu.
Des tirs nourris et plusieurs détonations ont été entendus dans la nuit du 28 au 29 janvier autour de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey. Si le calme est revenu au petit matin, l’origine de l’incident reste inconnue. L’épisode intervient dans un contexte politique et sécuritaire déjà tendu, alors que le site abrite des infrastructures militaires sensibles et un stock d’uranium en attente d’exportation.
Une nuit marquée par des échanges de tirs intenses
Peu après minuit, des habitants des quartiers proches de l’aéroport de Niamey ont été réveillés par des rafales soutenues et plusieurs détonations. Les tirs ont duré près de deux heures avant de cesser progressivement, selon de nombreux témoignages concordants. Des vidéos amateurs diffusées sur les réseaux sociaux, notamment par un compte se présentant sous le nom de « Brant Philip », permettent d’entendre les détonations enregistrées dans la zone.
Sur certaines images filmées par des riverains, de longues traînées lumineuses traversent le ciel nocturne, évoquant l’activation d’une défense antiaérienne, possiblement contre des drones. D’autres séquences montrent des flammes visibles depuis l’extérieur de l’enceinte aéroportuaire et des véhicules endommagés. Aucun bilan humain n’a été communiqué et les autorités n’avaient toujours pas réagi dans les heures suivant l’incident.
Un site hautement stratégique
L’aéroport international Diori Hamani, situé à une dizaine de kilomètres du palais présidentiel, occupe une place centrale dans le dispositif sécuritaire nigérien. Il abrite une base de l’armée de l’air, une installation de drones récemment construite et le quartier général de la force conjointe de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Selon plusieurs sources locales, un important stock d’uranium est actuellement entreposé dans l’enceinte aéroportuaire, en attente de transit. Cette cargaison, l’une des principales richesses du pays, alimente depuis plusieurs mois des tensions diplomatiques et économiques, notamment dans le cadre du bras de fer entre Niamey et ses partenaires étrangers.
Un avion dérouté et des appels à « défendre le pays »
Au moment des tirs, un avion de ligne en provenance d’Alger devait atterrir à Niamey. Il a finalement été dérouté vers le Burkina Faso, selon des analystes spécialisés dans l’observation de données ouvertes. Dans la capitale, des soutiens au régime militaire ont appelé sur les réseaux sociaux à « défendre le pays », signe de la nervosité ambiante et de l’incertitude entourant l’origine des tirs.
Plusieurs témoins affirment avoir entendu des sirènes de sapeurs‑pompiers se dirigeant vers l’aéroport au plus fort des détonations. Les autorités militaires, pour l’heure, n’ont fourni aucune explication sur la nature de l’incident.
Une junte confrontée à une insécurité persistante
Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, le Niger est dirigé par le général Abdourahamane Tiani. Le pays, comme ses voisins burkinabé et malien, fait face à une intensification des attaques djihadistes. Les violences attribuées à des groupes affiliés à Al‑Qaida, à l’organisation État islamique ou à Boko Haram ont fait près de 2 000 morts en 2025, selon plusieurs organisations spécialisées.
Les trois pays ont quitté le cadre de coopération sécuritaire avec la France et ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération militaire et politique qui revendique une force conjointe de 5 000 hommes. Malgré cette réorganisation, les attaques ne diminuent pas et les zones rurales restent particulièrement exposées.
Une origine encore inconnue
Jeudi matin, aucune revendication n’avait été formulée et les autorités n’avaient pas communiqué sur les circonstances exactes de l’incident. Plusieurs hypothèses circulent : tentative d’attaque extérieure, opération de sécurisation ayant mal tourné, incident interne ou acte de sabotage. L’absence d’informations officielles nourrit les interrogations dans un pays où la communication du pouvoir reste souvent parcellaire.




