Centrafrique : Jean-Noël Barrot brise la glace après sept ans de froid diplomatique


Lecture 4 min.
Jean-Noël Barrot
Jean-Noël Barrot

Dans un pays devenu le symbole de la percée russe sur le continent, la France joue la carte du réengagement. Alors que le président Touadéra multiplie les échanges avec Vladimir Poutine, l’arrivée de Jean-Noël Barrot en Centrafrique souligne la volonté de Paris de redevenir un partenaire stratégique crédible. Entre projets de développement de l’AFD et diplomatie culturelle, ce voyage est un test majeur pour la « nouvelle méthode » française face à la concurrence de l’Africa Corps de Moscou.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est attendu ce jeudi 12 mars dans la capitale centrafricaine pour une visite officielle de deux jours. Ce déplacement constitue un événement important puisqu’il s’agit de la première visite d’un chef de la diplomatie française en République centrafricaine depuis plus de sept ans.

Ce séjour à Bangui, qui doit durer jusqu’au lendemain, confirme le processus de normalisation des relations entre Paris et son partenaire historique d’Afrique centrale.

Une rencontre au sommet pour sceller le dégel

Le point d’orgue de ce déplacement est la rencontre prévue entre Jean-Noël Barrot et le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Cet entretien intervient dans un contexte de réchauffement progressif entamé après la définition d’une « feuille de route » commune en avril 2024. Les deux capitales semblent déterminées à tourner la page des années noires, entre 2020 et 2021, marquées par des accusations d’ingérence, des campagnes médiatiques hostiles et une suspension quasi totale de l’aide budgétaire française.

Cette visite permet à Paris de constater les effets jugés positifs de ce nouveau dialogue. En signe de bonne volonté, la France a déjà repris ses appuis financiers avec l’octroi de 10 millions d’euros fin 2024, suivis d’un prêt budgétaire de 25 millions d’euros signé en octobre 2025. En contrepartie, les autorités françaises ont observé une baisse significative des discours antifrançais dans les rues de Bangui et ont pris acte de la réélection de Faustin-Archange Touadéra en décembre dernier.

Au-delà de la politique : la coopération de terrain

Si l’enjeu diplomatique est primordial, le programme du ministre français se veut également concret et tourné vers le développement. Jean-Noël Barrot doit se rendre sur plusieurs sites financés par l’Agence française de développement (AFD), notamment pour soutenir un projet de lutte contre les inondations. Son agenda prévoit aussi des visites à caractère social et scientifique, comme la maison Mosuca, qui accompagne les victimes de violences sexuelles, ou encore l’inauguration d’un laboratoire de pointe dédié à la lutte contre la poliomyélite au sein de l’Institut Pasteur.

Le soutien à l’entrepreneuriat local via l’incubateur Bangui Hub et la promotion de la culture centrafricaine, avec un projet de théâtre destiné au festival d’Avignon, traduisent la volonté de Paris de diversifier ses leviers d’influence. Cette approche multidimensionnelle vise à reconstruire une image positive de la France auprès de la population centrafricaine, au-delà des seuls cercles du pouvoir.

Le défi de la concurrence internationale

Ce déplacement s’inscrit toutefois dans un environnement géopolitique complexe. Le président Touadéra revient tout juste d’un séjour prolongé en Russie, où il a rencontré Vladimir Poutine. Moscou reste un acteur sécuritaire incontournable à Bangui, et les discussions sur l’évolution de la présence russe, via la structure Africa Corps, se poursuivent en coulisses.

Pour Jean-Noël Barrot, l’enjeu est donc de réaffirmer la place de la France comme partenaire stratégique crédible face à l’influence grandissante de la Russie. En stabilisant sa relation avec la Centrafrique, Paris espère maintenir un canal de communication ouvert et coordonner ses positions sur les grands dossiers internationaux, tout en consolidant un dialogue politique qui avait été rompu depuis novembre 2018.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News