
La liaison aérienne directe entre Paris et Bangui vit ses dernières heures. À partir de fin janvier, la capitale de la République centrafricaine ne sera plus reliée sans escale à l’Europe par Air France. Une décision qui provoque une onde de choc diplomatique entre Paris et Bangui.
Depuis plusieurs semaines, les voyageurs attentifs avaient relevé une anomalie : impossible de réserver un vol direct Paris–Bangui après la fin du mois de janvier. La confirmation est désormais actée. Le dernier vol sans escale entre les deux capitales sera opéré le samedi 31 janvier. Dès le mois de février, Air France ne proposera plus aucune liaison directe entre la France et la Centrafrique. Déjà fragilisée, la desserte avait été réduite à une fréquence hebdomadaire, intégrée dans une rotation combinant Bangui et Yaoundé. Un maintien indirect via le Cameroun
Cette solution transitoire n’aura pas suffi à maintenir la ligne, qui disparaît totalement du réseau long-courrier direct de la compagnie. Si le vol direct est supprimé, Bangui ne disparaît pas complètement de la carte d’Air France. La compagnie continuera d’assurer des correspondances via Yaoundé, au Cameroun. Deux vols par semaine seront maintenus entre la capitale centrafricaine et Yaoundé, opérés en partenariat avec Afrijet FlyGabon, permettant aux passagers de rejoindre Paris via une escale.
Rentabilité, contraintes opérationnelles et géopolitique régionale
Ce schéma allonge toutefois considérablement les temps de trajet et complique les déplacements, notamment pour les diplomates, les acteurs humanitaires, les entrepreneurs et la diaspora centrafricaine installée en Europe. Officiellement, Air France se contente de confirmer la modification de sa desserte, sans communication détaillée. En coulisses, plusieurs facteurs expliqueraient cette décision : un taux de remplissage jugé insuffisant, des coûts d’exploitation élevés, des taxes aéroportuaires locales importantes et l’augmentation du prix du carburant.
À cela s’ajoute un contexte sécuritaire régional tendu. L’interdiction de survol du Niger oblige les compagnies à modifier leurs trajectoires, allongeant les temps de vol et renchérissant les coûts opérationnels sur les liaisons vers l’Afrique centrale. En Centrafrique, la suppression de l’unique vol direct vers l’Europe est perçue comme un signal négatif. La décision a suscité une vive réaction au sommet de l’État. Des explications auraient été officiellement demandées par le gouvernement centrafricain à la représentation diplomatique française.
Un dossier devenu hautement politique à Bangui
Le sujet a même été porté jusqu’aux plus hautes sphères à Paris. Bien qu’Air France soit une entreprise privée, l’État français demeure son principal actionnaire, ce qui confère à cette décision une dimension politique assumée à Bangui. Cette rupture aérienne intervient dans un contexte diplomatique délicat. En avril 2024, Paris et Bangui avaient engagé une feuille de route visant à apaiser des relations bilatérales longtemps marquées par des tensions.
La fin du vol direct est perçue par certains observateurs comme un contresens stratégique, affaiblissant les échanges humains, économiques et institutionnels entre les deux pays. Au-delà du transport, la liaison Paris–Bangui représentait un symbole fort d’ouverture internationale pour l’un des pays les plus enclavés du continent africain. À court terme, aucune reprise du vol direct n’est annoncée.





