Washington accueille un sommet mondial sur les minerais critiques : la RDC au cœur de la stratégie américaine


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Washington devient, ce mercredi 4 février 2026, le centre névralgique de la diplomatie mondiale des ressources stratégiques. L’administration américaine réunit dans la capitale fédérale près d’une quarantaine de délégations étrangères à l’occasion d’un sommet de haut niveau consacré aux minerais critiques, des ressources devenues indispensables à la transition énergétique, à l’innovation technologique et à la sécurité nationale des États-Unis. Plusieurs pays africains, au premier rang desquels la RDC, la Guinée et le Kenya, figurent parmi les invités de marque.

Organisée sous l’égide du secrétaire d’État Marco Rubio, cette première réunion ministérielle sur les minerais critiques s’inscrit dans une stratégie assumée de Washington visant à diversifier et sécuriser ses chaînes d’approvisionnement face à la domination chinoise dans le secteur minier mondial. Le vice-président américain, J.D. Vance, le secrétaire d’État, ainsi que plusieurs hauts responsables de la Maison-Blanche et du département d’État ouvriront la journée avec des discours inauguraux.

RDC : un partenaire minier stratégique pour Washington

Deux mois après la signature des accords de Washington entre la RDC et le Rwanda, sous le parrainage des États-Unis, le Président congolais, Félix Tshisekedi, est de retour dans la capitale américaine. Il conduit une délégation venue de Kinshasa pour ce sommet stratégique, confirmant la place centrale de la RDC dans la stratégie géopolitique américaine. Riche en coltan, cobalt, cuivre et lithium – des minerais indispensables à la fabrication des batteries, des semi-conducteurs et des technologies vertes – la RDC est considérée comme un partenaire incontournable par Washington. Si un accord-cadre sur les minerais critiques a déjà été conclu entre les deux pays, aucun projet structurant n’a encore été officiellement lancé.

Un dossier symbolise toutefois cette nouvelle dynamique : la mine de cuivre-cobalt de Mutoshi, exploitée par Chemaf dans le sud du pays. Longtemps convoitée par des investisseurs chinois, elle est désormais sur le point d’être reprise par une entreprise américaine, à la suite d’une intervention directe des autorités congolaises. Un signal fort envoyé à Pékin, mais aussi aux investisseurs occidentaux.

États-Unis : comment Washington veut contrer l’influence minière de la Chine

Cette réunion intervient une semaine seulement après un échange entre le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, et ses homologues du G7. Objectif affiché : coordonner les efforts des partenaires occidentaux pour réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, qui contrôle aujourd’hui une large part de l’extraction, du raffinage et de la transformation des minerais critiques à l’échelle mondiale.

Le Président Donald Trump a réaffirmé cette orientation stratégique, évoquant des « mesures extraordinaires » prises par son administration, notamment l’accélération des autorisations de projets miniers sur le sol américain et la conclusion d’accords bilatéraux avec des pays riches en ressources.

La Guinée et le Kenya en quête de nouveaux partenaires

Aux côtés de la RDC, la Guinée entend elle aussi tirer profit de ce sommet pour rééquilibrer ses partenariats. Très dépendante des investissements chinois dans le secteur de la bauxite, Conakry souhaite attirer davantage de capitaux américains dans l’exploitation de la bauxite, du fer et d’autres ressources minières stratégiques.

Le Kenya figure également parmi les pays africains attendus. L’intérêt américain se concentre sur la colline de Mrima, dans le sud-est du pays, une zone forestière abritant d’importants gisements de terres rares. Leur valeur est estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars, ce qui en fait un enjeu économique et environnemental majeur.

Diplomatie économique : Tshisekedi entre enjeux miniers et rencontres politiques à Washington

En marge du sommet, le Président Félix Tshisekedi doit participer au 79e National Prayer Breakfast, un événement annuel de premier plan à Washington, réunissant responsables politiques, parlementaires et leaders religieux autour de la prière et de la réflexion. Le Président américain est également attendu à cette rencontre.

D’autres figures congolaises ont fait le déplacement, parmi lesquelles l’opposant Martin Fayulu et des responsables religieux de la CENCO et de l’ECC. Les Églises catholique et protestante du Congo portent depuis plus d’un an une initiative de dialogue intercongolais destinée à trouver une issue aux crises politiques et sécuritaires persistantes dans le pays.

Au-delà des annonces attendues et des photos de famille prévues en fin de matinée, ce sommet marque une étape importante dans la redéfinition des rapports entre les États-Unis et l’Afrique sur la question des ressources naturelles. Pour Washington, il s’agit de sécuriser des minerais essentiels à sa puissance économique et technologique. Pour les pays africains, l’enjeu est double : diversifier leurs partenaires et espérer une valorisation plus équitable de leurs richesses minières.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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