
MultiChoice, désormais sous pavillon Canal+, s’engage à injecter près de 1,2 milliard de dollars dans la production et l’acquisition de contenus locaux sud-africains via sa filiale LicenceCo, sur trois ans. Un investissement massif qui vise à rassurer les créateurs et renforcer la présence du groupe dans le paysage audiovisuel africain.
LicenceCo : un pilier stratégique de l’après-rachat
Alors que l’industrie audiovisuelle sud-africaine s’interrogeait sur l’avenir des productions locales depuis la montée en puissance de Canal+, Willington Ngwepe a levé les incertitudes. Dans une déclaration publiée le 8 avril 2026 par le quotidien économique Business Day, le dirigeant a détaillé la promesse de MultiChoice : un investissement de 20,6 milliards de rands, combinant production, acquisition et licences d’exploitation sur trois ans.
Créée à la suite du rachat de MultiChoice, LicenceCo est née d’une exigence réglementaire. Les autorités de la concurrence sud-africaines avaient imposé la séparation juridique entre la licence de diffusion par abonnement détenue en Afrique du Sud et le reste des actifs du groupe. En vertu de l’Electronic Communications Act, qui limite à 20% la participation étrangère au capital votant d’un détenteur de licence, LicenceCo est contrôlée majoritairement par des investisseurs sud-africains historiquement désavantagés, dont Phuthuma Nathi, Identity Partners (IPIC) et AfriFund Investments, dirigé par l’ancien PDG de Telkom Sipho Maseko.
Aux commandes depuis octobre 2025, Willington Ngwepe n’est pas un inconnu : ancien directeur général de l’ICASA (l’équivalent sud-africain de l’ARCOM), il avait supervisé la mise aux enchères des fréquences 5G avant de rejoindre MTN, puis MultiChoice, où il a géré le volet réglementaire du rapprochement avec Canal+.
Une garantie pour la création locale
L’annonce de cet investissement intervient dans un contexte tendu pour le secteur audiovisuel local. La fermeture programmée de Showmax, la plateforme de streaming de MultiChoice, au 30 avril 2026, avait alarmé les réalisateurs, producteurs et comédiens sud-africains. Canal+ avait justifié la décision par des pertes cumulées estimées à 429 millions de dollars sur trois ans, et par l’échec de Showmax à atteindre son objectif d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel.
Ngwepe a tenu à rassurer les professionnels : les 1,2 milliard de dollars investis serviront autant à financer des programmes originaux qu’à soutenir des licences de diffusion, incluant les contenus sportifs produits par SuperSport. Selon lui, la stratégie sera “pragmatique”, combinant productions internes et achats de contenus en fonction des capacités financières et des attentes du public.
DStv Stream, le nouveau pari numérique de Canal+
En parallèle, LicenceCo mise désormais sur DStv Stream, sa nouvelle plateforme de streaming, destinée à devenir le pivot numérique du groupe. Celle-ci récupérera le catalogue de Showmax, dont les créations emblématiques comme The Wife, Devilsdorp ou Adulting, pour rivaliser avec Netflix et YouTube sur le marché africain.
Les anciens abonnés de Showmax bénéficieront d’un mois d’essai gratuit sur DStv Stream Compact, avant un tarif préférentiel de 99 rands par mois (6 dollars) pendant un an, au lieu de 299 rands. En complément, Canal+ a également gelé les prix des abonnements DStv pour l’année 2026. Ce geste commercial est destiné à freiner l’érosion du parc d’abonnés dans un écosystème de plus en plus compétitif où TikTok et les géants du streaming mondiaux gagnent du terrain.
Un signal fort envoyé aux régulateurs et aux producteurs africains
Au-delà du montant colossal annoncé, cette initiative porte une forte valeur symbolique. MultiChoice s’est toujours enorgueilli de disposer de la plus vaste bibliothèque de contenus africains. En s’engageant à maintenir et enrichir cette offre malgré le changement d’actionnariat, Canal+ veut illustrer que son implantation ne rimera pas avec appauvrissement culturel.
La Commission sud-africaine de la concurrence suivra de près la mise en œuvre de ces engagements financiers, considérés comme un indicateur majeur du respect des conditions du rachat. Pour les acteurs de l’audiovisuel africain, ces 1,2 milliard de dollars constituent à la fois une bouffée d’oxygène et un test. Celui de la capacité du groupe français à concilier rentabilité et soutien à la création locale, dans un continent où la demande de contenus en langues africaines connaît une croissance rapide.





