
La justice française doit se prononcer sur l’avenir des poursuites visant Agathe Habyarimana, soupçonnée de complicité dans le génocide des Tutsis. La Cour d’appel de Paris examine l’appel contre le non-lieu prononcé en 2025 après plus de seize ans de procédure. Cette décision est très attendue par les associations de victimes et pourrait clore définitivement le dossier.
Le calendrier judiciaire français télescope une nouvelle fois l’histoire tragique du Rwanda. Ce mercredi 8 avril 2026, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris doit rendre un arrêt capital concernant Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président Juvénal Habyarimana. Après plus de seize ans d’une procédure marathon, la justice doit décider si elle confirme ou non le non-lieu dont a bénéficié l’ex-première dame en août 2025. Cette décision, très attendue par les rescapés et les associations de victimes, pourrait marquer la fin définitive des poursuites ou, au contraire, relancer une instruction que beaucoup jugent encore inachevée.
Un non-lieu contesté par le parquet et les victimes
L’enjeu de cette audience est de déterminer s’il existe des charges suffisantes pour renvoyer Agathe Habyarimana devant une cour d’assises pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité. En août dernier, les magistrats instructeurs avaient conclu à un non-lieu, estimant que le dossier ne permettait pas de prouver son implication directe dans les massacres de 1994.
Cependant, cette analyse est vigoureusement rejetée par le ministère public et le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). Ces derniers ont immédiatement fait appel, dénonçant une instruction « lacunaire » qui aurait ignoré des témoignages et des actes d’enquête pourtant jugés cruciaux par les parties civiles.
L’ombre de l’Akazu et les zones d’ombre du dossier
Au cœur de la bataille juridique se trouve la question de l’existence de l’« Akazu », ce « petit foyer » ou premier cercle du pouvoir hutu. Pour les associations de victimes, Agathe Kanziga Habyarimana en était l’une des figures centrales, participant activement à la planification du génocide. L’ordonnance de non-lieu de 2025 avait pourtant remis en cause la réalité même de cette structure occulte.
Par ailleurs, le Parquet national antiterroriste (PNAT) reproche aux magistrats d’avoir écarté des liens troublants entre la veuve du président et certains acteurs français, notamment le mercenaire Paul Barril, avant et pendant les tueries. Ces éléments, restés sous silence selon l’accusation, constituent le socle de l’argumentaire visant à casser le non-lieu.
Une procédure symbole de deux décennies de tensions
Cette affaire est l’une des plus anciennes et des plus symboliques traitées par le pôle crimes contre l’humanité de Paris. Débutée il y a près de vingt ans, elle incarne la complexité des relations franco-rwandaises et les difficultés de la justice française à statuer sur le rôle de personnalités installées sur son sol après le génocide.
Alors que la défense plaide la vacuité d’un « dossier vide » et dénonce un acharnement judiciaire, les parties civiles rappellent l’importance de la vérité pour les victimes. La décision rendue ce 8 avril dira si la justice française considère avoir fait toute la lumière sur le rôle présumé de celle qui fut l’une des femmes les plus puissantes du Rwanda en 1994.




