
À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle en République du Congo, la campagne électorale se déroule dans un climat marqué par un fort déséquilibre politique. Le président sortant Denis Sassou-Nguesso, candidat à un nouveau mandat, domine largement l’espace public et médiatique. Face à lui, une opposition fragmentée peine à exister dans le débat national.
À quatre jours du premier tour de l’élection présidentielle en République du Congo, Brazzaville offre un visage singulier. Si le calendrier électoral s’accélère avec le vote par anticipation des militaires ce jeudi 12 mars, l’effervescence habituelle des joutes démocratiques semble se heurter à un déséquilibre flagrant. Dans les rues de la capitale, un seul regard suit les passants sur les affiches : celui du président sortant Denis Sassou-Nguesso. Fort de ses 41 années cumulées à la tête de l’État, le candidat à sa propre succession brigue un cinquième mandat dans un climat où la compétition semble, pour beaucoup, avoir perdu de son incertitude.
Une campagne à sens unique dans les rues de la capitale
Le constat des habitants de Brazzaville est souvent le même lorsqu’ils circulent dans les quartiers de la ville : la visibilité est monopolisée. De Westbury à Bacongo, les supports de communication mettent en scène le président-candidat, laissant peu de place, voire aucune, aux six autres prétendants en lice. Pour de nombreux citoyens, cette omniprésence visuelle illustre une course « déséquilibrée ».
Certains électeurs avouent même une méconnaissance totale des autres programmes, faute de moyens financiers ou d’accès médiatiques équivalents pour une opposition qui peine à exister dans l’espace public.
Le silence des poids lourds et l’émiettement de l’opposition
L’absence de figures historiques de la scène politique congolaise pèse lourdement sur l’intérêt du scrutin. Sans Guy Brice Parfait Kolelas, décédé en 2021, et avec des personnalités comme Jean-Marie Michel Mokoko ou André Okombi Salissa toujours derrière les barreaux, l’opposition se présente en ordre dispersé.
Les six candidats actuels manquent, selon plusieurs observateurs, d’une assise nationale capable de transformer le mécontentement social en une alternative politique concrète. Pour une partie de la société civile, l’enjeu de ce scrutin pour ces nouveaux visages n’est pas tant la victoire immédiate que la construction d’une visibilité pour les années à venir.
Le spectre de l’abstention et le vote des casernes
Face à un scrutin que certains qualifient déjà de « joué d’avance », la stratégie de l’opposition varie entre appel au boycott et volonté de surveiller les bureaux de vote pour éviter les fraudes. Cette division fait de la participation le véritable baromètre de cette élection.
Pour le camp présidentiel, la mobilisation des troupes est totale : cadres, militants et entourage proche sillonnent le pays pour convaincre les électeurs de se déplacer dimanche 15 mars. L’objectif est clair : obtenir une victoire qui soit validée par un taux de participation suffisant pour asseoir la légitimité du résultat final.
Un rendez-vous pour la stabilité du pays
Alors que les militaires ont déjà commencé à glisser leurs bulletins dans l’urne ce jeudi, le reste de la population observe avec un mélange d’espoir et de résignation. Le pays se trouve à la croisée des chemins entre la continuité prônée par Denis Sassou-Nguesso et une volonté de changement qui peine à trouver un canal d’expression politique structuré. Dimanche, les urnes diront si l’appel à la mobilisation a été entendu ou si le silence des quartiers populaires l’emportera sur les promesses de campagne.




