Divorce consommé entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko : quel avenir pour le Sénégal ?


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Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

La coalition « Diomaye Président » a tenu sa première assemblée générale samedi 7 mars à l’hôtel King Fahd de Dakar, officialisant l’autonomie politique du président de la République sénégalaise par rapport au PASTEF, le parti de son Premier ministre Ousmane Sonko. Cette rupture, résultante de tensions accumulées depuis novembre 2025, pose la question de l’avenir politique du pays.

Une crise née du limogeage d’Aïssatou Mbodj

Depuis novembre 2025, les tensions entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre ne cessent de faire écho. Elles sont nées après l’éviction de Mme Aïssatou Mbodj, proche du Premier ministre et coordinatrice de la coalition, remplacée par Aminata Touré, ancienne Première ministre et conseillère du président Diomaye. Cette nomination a entraîné l’absence d’Ousmane Sonko au Conseil des ministres, ce dernier contestant la décision et estimant que le président n’avait pas le pouvoir de procéder seul à ce changement. La situation s’est encore aggravée lorsque, début mars 2026, le Premier ministre a déclaré, lors d’une diffusion en direct, être prêt à retirer le PASTEF du gouvernement si le chef de l’État rompait avec la vision du parti, évoquant une possible « cohabitation douce » ou « un retour dans l’opposition ».

L’assemblée générale du 7 mars : Diomaye fixe le cap

Samedi 7 mars, la coalition « Diomaye Président » a réagi face à ces menaces à peine voilées en tenant sa première assemblée générale, avec plus de 500 participants réunis à l’hôtel King Fahd de Dakar, en présence du président Bassirou Diomaye Faye. Ce dernier a fixé les nouvelles ambitions de cette coalition qui, selon ses propos, devra désormais se déployer « partout, dans tous les départements, dans toutes les communes, villages et quartiers du Sénégal » afin de vulgariser l’action du gouvernement.

Au cours de cette assemblée, en plus d’une adoption de textes fondateurs, quelque 300 élus locaux ont rejoint la coalition. Des déclarations de soutien au président ont été formulées en vue des élections locales de 2027 et de la Présidentielle de 2029, alors même qu’Ousmane Sonko avait déclaré que la coalition « Diomaye Président » serait « incapable de concurrencer le parti PASTEF ». Fait notable, plusieurs ministres présents ont ouvertement critiqué le Premier ministre, sans que le président ne les recadre, validant de fait cette prise de distance.

L’éligibilité de Sonko en 2029, un obstacle juridique incertain

Cette crise politique met encore plus à mal la situation du pays. Si plusieurs ministres ont pris position contre le Premier ministre Ousmane Sonko, ce dernier conserve un atout majeur : la majorité parlementaire du PASTEF à l’Assemblée nationale. Toutefois, malgré ses ambitions présidentielles, la question de son éligibilité reste en suspens. Sa condamnation pour diffamation, confirmée par la Cour suprême en janvier 2024 puis de nouveau en juillet 2025 après le rejet de son rabat d’arrêt, entraîne une inéligibilité de cinq ans. Si certains juristes estiment que la loi d’amnistie de mars 2024 efface les effets de cette condamnation, d’autres considèrent que cette affaire n’entre pas dans le champ de l’amnistie. Cette incertitude juridique pourrait, comme en 2024, l’empêcher de briguer la présidence et donner toutes ses chances à l’actuel président, que certains avaient accusé de n’être que le porte-parole de Sonko.

Un Sénégal en quête de stabilité

Cette situation est d’autant plus préoccupante au regard du contexte économique du Sénégal. La révélation d’un stock de dettes non déclarées par l’administration précédente a conduit le FMI à geler un programme de financement majeur, plongeant le pays dans un tourment économique. La bataille d’ego entre le président et son Premier ministre sème le doute sur la capacité de l’exécutif à offrir une gouvernance cohérente face aux défis du pays. La question qui brûle toutes les lèvres est de savoir quelles sont les options du président Diomaye, qui, il faut le rappeler, a été porté à la magistrature suprême grâce au soutien d’Ousmane Sonko, en raison des problèmes judiciaires de ce dernier.

Lors de son discours, le président a toutefois tenu à rassurer : il a affirmé exercer pleinement son mandat tout en restant membre du PASTEF, une posture d’équilibriste qui laisse entrevoir une stratégie de dilution progressive de l’influence de Sonko plutôt qu’une rupture frontale.

Franck Biyidi
LIRE LA BIO
Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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