Madagascar : Randrianirina limoge le Premier ministre Rajaonarivelo et dissout le gouvernement


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Colonel Randrianirina
Colonel Randrianirina

Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, a mis fin aux fonctions du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo et de l’ensemble de son gouvernement. Une décision qui intervient après des mois de critiques sur les performances de l’exécutif et une pression accrue des mouvements de jeunesse.

Le couperet est tombé à Antananarivo. Le colonel Michaël Randrianirina a mis fin aux fonctions du Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo, dans un contexte de pression croissante des organisations Gen Y et Gen Z « officielles » qui réclamaient le départ du chef du gouvernement et de plusieurs ministres jugés « défaillants ».

Cette décision marque un tournant dans la transition politique malgache, engagée depuis le coup d’État d’octobre 2025 qui avait renversé le président Andry Rajoelina. Dès la formation du gouvernement de « refondation » en octobre 2025, Randrianirina avait prévenu : chaque ministre disposerait de deux mois pour démontrer sa capacité à suivre la politique de l’État.

Un bilan jugé insuffisant par la rue et par le palais

L’évaluation de la performance ministérielle, annoncée dans le discours de fin d’année du président, avait placé l’ensemble du gouvernement sous surveillance. Le Premier ministre Rajaonarivelo avait lui-même reconnu que deux mois n’avaient pas suffi pour redresser une situation jugée catastrophique. En novembre dernier, le bilan à mi-parcours de l’exécutif était déjà qualifié de « mitigé » par les observateurs, avec des mécontentements croissants liés au retour du délestage électrique et des coupures d’eau dans la capitale.

Les organisations de jeunesse avaient haussé le ton ces derniers jours, estimant que le Premier ministre « n’assum[ait] pas pleinement ses fonctions en tant que chef de l’administration » et que « plusieurs ministres ne maîtris[aient] pas leurs responsabilités ».

La dissolution du gouvernement pose désormais la question de la suite de la transition. Madagascar fait l’objet d’un suivi attentif de l’Union africaine et de la SADC, qui attendent des progrès concrets sur le dialogue national inclusif et la préparation des élections promises dans un délai de 18 à 24 mois. Lors de ses récents déplacements à Moscou puis à Paris, Randrianirina avait présenté ces visites comme relevant d’une diplomatie pragmatique visant à obtenir des résultats concrets pour la population.

Le nouveau Premier ministre devra composer avec des défis immenses : relance des services publics d’eau et d’électricité, lutte contre la corruption, préparation du référendum constitutionnel et organisation d’élections crédibles, le tout sous le regard scrutateur d’une jeunesse malgache qui avait porté la révolte d’octobre 2025 et n’entend pas être écartée du processus de refondation.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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