Guinée : dissolution de partis politiques, Cellou Dalein Diallo dénonce une menace pour la démocratie


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Cellou Dalein Diallo, chef de l'UFDG
Cellou Dalein Diallo, chef de l'UFDG (Guinée)

La scène politique en Guinée connaît une nouvelle zone de turbulence après la décision des autorités de dissoudre une quarantaine de partis politiques. L’annonce, rendue publique tard dans la nuit de vendredi à samedi à la télévision nationale, a immédiatement suscité de vives réactions au sein de l’opposition. Parmi les voix les plus critiques figure celle de Cellou Dalein Diallo, leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). L’ancien Premier ministre a dénoncé une mesure qu’il considère comme une atteinte grave aux principes démocratiques. Il a appelé à une mobilisation nationale pour défendre les libertés publiques.

La décision gouvernementale de dissoudre une quarantaine de partis politiques a été officialisée par un arrêté signé par le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation. Selon les autorités, les partis concernés auraient manqué à plusieurs obligations légales exigées pour leur fonctionnement. En conséquence, ces formations politiques perdent immédiatement leur personnalité morale et leur statut juridique. Parmi les organisations visées figurent des acteurs d’envergure de la vie politique guinéenne.

L’Union des Forces Démocratiques de Guinée, le Rassemblement du Peuple de Guinée – Arc-en-ciel (RPG-AEC) associé à l’ancien Président Alpha Condé, ainsi que l’Union des Forces Républicaines fondée par Sidya Touré sont dissouts. Décision qui a provoqué l’ire de l’opposition. Dans une déclaration adressée aux militants de son parti et aux citoyens guinéens, Cellou Dalein Diallo a estimé que le pays traverse « une étape critique de son histoire ». Selon lui, la décision de dissoudre plusieurs formations politiques constitue un signal inquiétant pour l’avenir démocratique de la nation.

Une décision contestée par l’opposition guinéenne

L’opposant affirme que cette mesure menace directement le pluralisme politique et fragilise les fondements du vivre-ensemble. Pour lui, la Guinée se trouve à un moment charnière où les institutions démocratiques risquent d’être affaiblies si les libertés fondamentales ne sont pas préservées. L’ancien chef du gouvernement considère également que les discours politiques ne suffisent plus face à la situation actuelle. Dans son message, il appelle les militants de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée et l’ensemble des citoyens attachés aux libertés à se mobiliser afin d’obtenir des réformes profondes.

Il estime que la défense des droits humains et des libertés publiques doit désormais passer par une action collective capable de faire pression sur les autorités de transition. Selon lui, le moment est venu pour les forces politiques et sociales de se rassembler afin de préserver l’avenir démocratique du pays. Dans sa déclaration, Cellou Dalein Diallo est également revenu sur la prise de pouvoir militaire survenue lors du coup d’État du 5 septembre 2021 en Guinée. Ce renversement du régime avait été conduit par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), dirigé par le général Mamadi Doumbouya.

Les critiques visant la transition militaire

Pour l’opposant, cet événement marque le point de départ d’une période de recul démocratique et d’incertitudes institutionnelles. Il affirme que les promesses initiales de transition vers un ordre constitutionnel stable peinent encore à se concrétiser. L’ancien Premier ministre accuse également les autorités actuelles de restreindre progressivement les libertés publiques. Il évoque notamment des cas d’atteintes aux droits humains, citant des accusations d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées ou encore d’enlèvements de militants politiques. Ces accusations, qui circulent régulièrement dans le débat politique guinéen, alimentent les tensions entre le pouvoir et l’opposition.

Les autorités de transition, de leur côté, affirment agir dans le cadre de la loi et défendent leurs décisions comme nécessaires pour réorganiser le système politique et renforcer la gouvernance. Face à la dissolution des partis politiques, Cellou Dalein Diallo estime que l’objectif des autorités serait d’affaiblir les formations capables de contester le pouvoir en place. Selon lui, la mesure pourrait favoriser l’émergence d’un système dominé par un parti unique ou par une structure politique étroitement liée au régime.

Un appel à l’union des forces politiques et citoyennes

Il affirme que cette stratégie vise à réduire l’espace d’expression des forces d’opposition et à limiter la compétition politique dans le pays. Pour contrer cette évolution, l’opposant appelle à une « union sacrée » des forces vives de la nation. Il encourage les partis politiques, les organisations de la société civile et les citoyens à se rassembler pour défendre les principes démocratiques. Selon lui, seule une mobilisation collective permettra d’obtenir un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la restauration des libertés publiques.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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