
La scène politique en Guinée vient de connaître un immense bouleversement. Dans la nuit du 6 au 7 mars, les autorités ont annoncé la dissolution de quarante partis politiques, dont plusieurs formations historiques qui ont dominé la vie politique nationale pendant des décennies. La mesure, rendue publique à la télévision nationale, a été prise par le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Elle s’appuie sur une nouvelle législation adoptée en septembre 2025 visant à encadrer plus strictement le fonctionnement des organisations politiques dans le pays.
Une décision spectaculaire du gouvernement guinéen vient de tomber. 40 partis politiques dissous, dont ceux d’Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo. Parmi les partis concernés figurent notamment le Rassemblement du peuple de Guinée, fondé par l’ancien président Alpha Condé, l’Union des forces démocratiques de Guinée dirigée par l’opposant Cellou Dalein Diallo, ainsi que l’Union des forces républicaines de l’ancien Premier ministre Sidya Touré. Cette décision constitue l’un des plus grands remaniements du paysage politique guinéen depuis plusieurs décennies.
Une sanction pour non-respect de la nouvelle législation
Selon les autorités, ces formations politiques ont été dissoutes pour non-conformité avec la loi réformant le statut des partis adoptée le 21 septembre 2025. Le texte impose de nouvelles obligations administratives et organisationnelles, notamment l’actualisation des statuts internes, la tenue de congrès réguliers et l’implantation effective du parti dans l’ensemble du territoire national. Les organisations concernées auraient échoué à satisfaire à ces exigences dans les délais impartis.
L’arrêté officiel a été signé par Ibrahima Kalil Condé, le 6 mars. Dans ce document, le gouvernement précise que les partis dissous perdent immédiatement leur personnalité morale et leur statut juridique. Cette mesure signifie concrètement qu’ils ne peuvent plus mener d’activités politiques, organiser de rassemblements ni participer à la vie institutionnelle. Les dirigeants et militants concernés doivent désormais envisager de nouvelles structures s’ils souhaitent poursuivre leur engagement politique.
Saisie des biens et interdiction d’activités
Au-delà de la dissolution administrative, la décision gouvernementale prévoit également la mise sous séquestre des biens appartenant aux partis concernés. Sièges, comptes bancaires, équipements et autres actifs peuvent désormais être placés sous le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire. Cette disposition vise, selon les autorités, à empêcher toute continuation informelle des activités politiques des organisations dissoutes.
Cette mesure radicale inquiète cependant une partie de la classe politique et de la société civile. Plusieurs observateurs estiment qu’elle pourrait fragiliser davantage les structures d’opposition dans un contexte politique déjà tendu. Pour les militants des formations dissoutes, la perte de leurs infrastructures représente un grand obstacle à toute réorganisation rapide, alors même que le calendrier électoral du pays se rapproche.
Une décision redoutée par les acteurs politiques
La dissolution massive de partis politiques n’a pas totalement surpris les responsables politiques guinéens. Depuis plusieurs mois, les autorités avaient lancé un processus de recensement et d’évaluation des formations politiques afin de vérifier leur conformité aux nouvelles règles. Les partis disposaient initialement d’un délai pour mettre à jour leurs statuts, organiser des congrès et fournir des preuves de leur présence dans chaque préfecture du pays.
Selon certaines sources politiques, la date limite pour accomplir ces formalités administratives avait été fixée au 25 mai. La décision de dissolution prise début mars apparaît donc, pour certains observateurs, comme une accélération inattendue du processus. Plusieurs dirigeants politiques dénoncent une application jugée stricte et précipitée de la réforme. Ils estiment que les partis auraient dû bénéficier d’un délai supplémentaire pour se conformer aux exigences légales.
Un paysage politique bouleversé avant les élections
Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la Guinée. Le pays se prépare à organiser des élections législatives, locales et sénatoriales prévues le 24 mai prochain. Ces scrutins sont considérés comme une étape importante dans la recomposition institutionnelle du pays après plusieurs années de tensions politiques et de transition.
La disparition administrative de formations majeures risque toutefois de redessiner profondément la compétition électorale. Des partis historiques qui ont structuré l’opposition et la majorité pendant des années se retrouvent désormais exclus du jeu politique officiel. Une décision qui pourrait modifier l’équilibre des forces et influencer le déroulement des prochaines consultations électorales.




