Sylvia Bongo accuse : « torture » et détention arbitraire après le coup d’État au Gabon


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Sylvia Bongo Valentin
Sylvia Bongo Valentin

Pour la première fois depuis sa libération et son départ du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba a pris la parole publiquement. Dans une interview à Londres, où elle vit désormais en exil, l’ancienne Première dame a livré un témoignage détaillé sur les événements ayant suivi le renversement de son mari, l’ex-Président Ali Bongo Ondimba. Elle y évoque sa détention, les accusations judiciaires dont elle fait l’objet et les conditions dans lesquelles elle affirme avoir été traitée après le putsch.

Dans une interview accordée à France 24 à Londres, Sylvia Bongo est revenue sur les heures qui ont suivi le coup d’État militaire du 30 août 2023. Celui-ci a mis fin à plus d’un demi-siècle de pouvoir de la famille Bongo. Selon elle, les forces ayant pris le pouvoir ont procédé à des arrestations immédiates au sein du cercle présidentiel. Elle affirme avoir été détenue avec son fils dans des conditions extrêmement dures. Dans ce témoignage, elle accuse directement les nouvelles autorités. Ces dernières auraient organisé une détention arbitraire et de graves violences physiques.

Des accusations de torture pendant sa détention

Dans son récit, Sylvia Bongo décrit des scènes particulièrement violentes survenues durant sa captivité. Elle affirme avoir été ligotée aux mains et aux pieds, puis aspergée d’eau froide par ses geôliers. L’ancienne Première dame raconte également que son fils, Noureddine Bongo Valentin, aurait été amené devant elle dans un état qu’elle qualifie de « dramatique ». Selon son témoignage, des agents auraient exercé des violences physiques sur lui afin de la contraindre à signer des documents.

Toujours selon ses déclarations, ces pressions auraient visé à lui faire reconnaître certains faits. Ou accepter des décisions imposées par les nouvelles autorités. Elle affirme que les violences se seraient intensifiées lorsque les responsables de sa détention ont tenté de lui extorquer des signatures. L’ancienne Première dame affirme avoir cédé sous la contrainte pour protéger son fils. Ces accusations graves n’ont pour l’instant pas fait l’objet de réponse officielle détaillée de la part de Libreville.

Les zones d’ombre autour de son rôle au sommet de l’État

Depuis la chute du régime, plusieurs voix au Gabon ont accusé Sylvia Bongo d’avoir exercé une influence déterminante sur la gestion du pays. Notamment après l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo Ondimba, en 2018. Certains opposants affirment qu’elle aurait joué un rôle central dans la prise de décision au sein du palais présidentiel durant les dernières années du pouvoir.

L’intéressée rejette catégoriquement ces accusations. Dans son entretien, elle affirme n’avoir jamais participé aux affaires politiques ou administratives de l’État. Elle soutient n’avoir quasiment jamais fréquenté le bureau présidentiel. En plus d’assurer ne pas maîtriser les mécanismes de la politique gabonaise. Pour répondre aux accusations, elle met au défi ses détracteurs. Elle leur demande de produire un document officiel prouvant qu’elle aurait pris des décisions au nom de son mari ou signé des actes gouvernementaux.

Une condamnation par contumace et un exil durable

Après près de vingt mois de détention, Sylvia Bongo et son fils ont finalement obtenu une libération provisoire, en mai 2025, avant d’être autorisés à quitter le Gabon. Toutefois, leur situation judiciaire reste lourde. En novembre dernier, la justice gabonaise les a condamnés par contumace à vingt ans de prison pour détournement présumé de fonds publics et corruption. Une décision qui alimente les tensions entre l’ancien clan présidentiel et les nouvelles autorités.

Sylvia Bongo conteste vigoureusement ces accusations et affirme vouloir porter l’affaire devant des juridictions internationales. Elle assure que la procédure engagée contre elle repose sur des accusations sans preuve. Selon elle, seule une enquête indépendante pourrait établir les faits et clarifier les responsabilités. L’ancienne Première dame affirme attendre que des éléments concrets soient produits pour étayer les accusations de détournement de fonds portées contre elle et son fils.

Un Gabon encore marqué par la transition politique

Le renversement d’Ali Bongo Ondimba en août 2023 par des militaires regroupés au sein du Comité pour la transition et la restauration des institutions a profondément bouleversé la scène politique gabonaise. Cette prise de pouvoir est intervenue immédiatement après l’annonce de la réélection contestée du chef de l’État. Les militaires ont alors justifié leur intervention par la nécessité de mettre fin à un système politique jugé opaque et contesté par une partie de la population.

Depuis lors, le Gabon traverse une période de transition politique visant à réformer ses institutions et à organiser de nouvelles élections. Dans ce contexte, l’affaire impliquant Sylvia Bongo reste particulièrement sensible.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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