Condamnation de Sylvia et Nourredin Bongo : la défense demande le retrait du doctorat du procureur Eddy Narcisse Minang


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Nourredin Bongo Valentin
Nourredin Bongo Valentin

La condamnation à vingt ans de prison de Sylvia Bongo et de son fils Nourredin Bongo pour détournements de fonds publics prend une nouvelle dimension en France. Leur défense demande le retrait du doctorat en droit du procureur Eddy Narcisse Minang, diplômé de l’Université Paris-Panthéon-Assas. Elle l’accuse d’avoir violé les principes fondamentaux du droit lors du procès au Gabon.

Nouvel épisode dans l’affaire Bongo. En France, la défense de Sylvia Bongo et de son fils Nourredin Bongo conteste la légitimité du procureur Eddy Narcisse Minang. Ce dernier a instruit le procès ayant conduit à leur condamnation à vingt ans de prison, en novembre, dernier pour détournements de fonds publics. Les avocats ont saisi le ministre français de l’Enseignement supérieur pour demander le retrait de son doctorat en droit obtenu à l’Université Paris-Panthéon-Assas.

Un courrier adressé au gouvernement français

Dans un courrier daté du 23 février 2026, l’un des conseils de la famille, Me François Zimeray, estime que le procureur aurait « déshonoré » son titre universitaire. Selon lui, il existerait une contradiction entre le serment académique attaché au doctorat en droit, obtenu en 2023 à Paris, et les pratiques observées lors du procès au Gabon. La défense réclame que le magistrat soit convoqué pour s’expliquer sur son rôle dans la procédure.

« Personne n’est au-dessus des lois. Pas plus la famille Bongo que d’autres. Mais encore faut-il que le droit soit respecté », affirme Me Zimeray. L’avocat évoque des violations du droit gabonais et des droits fondamentaux consacrés par les traités internationaux. Il considère qu’un titulaire d’un doctorat en droit délivré par une université française ne peut, selon ses termes, être « l’instrument d’une violation massive du droit » sans que cela n’entraîne des conséquences symboliques.

Une condamnation lourde dans un contexte post-coup d’État

La condamnation de Sylvia et Nourredin Bongo est intervenue dans un contexte politique bouleversé au Gabon. Après le coup d’État du 30 août 2023 mené par le général Brice Oligui Nguema, depuis élu Président en avril, les deux membres de la famille ont été arrêtés et incarcérés pendant près de vingt mois. Ils ont ensuite été remis en liberté provisoire et autorisés à quitter le pays.

Le procès, retransmis en direct à la télévision gabonaise, s’est tenu en leur absence. Aucun des deux accusés n’est rentré au Gabon pour comparaître. Et ils résident actuellement à l’étranger. Cette situation a poussé la défense à dénoncer un climat politique tendu et une procédure qu’elle juge entachée d’irrégularités.

Des accusations de détournement à hauteur de 7,5 milliards d’euros

L’accusation a estimé les sommes détournées par Sylvia et Nourredin Bongo à 4 917 milliards de francs CFA, soit près de 7,5 milliards d’euros. Selon le parquet, ces fonds auraient été « recyclés, blanchis et réinvestis ». Ce, durant les quatorze années de pouvoir de Ali Bongo, Président du Gabon de 2009 à 2023. Ces montants spectaculaires ont renforcé l’image d’un vaste système de prédation financière au sommet de l’État.

Pour les autorités gabonaises issues de la transition, à travers cette affaire, il s’agit démontrer la volonté de lutter contre la corruption et les détournements de fonds publics. Avec cette demande de retrait du doctorat d’Eddy Narcisse Minang, la défense déplace le terrain du combat judiciaire vers la France. L’objectif est de fragiliser la crédibilité du magistrat et, indirectement, celle de la procédure ayant conduit à la condamnation.

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