Centrafrique : Touadera, à peine réélu, invite Vladimir Poutine à Bangui


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Le Président russe, Vladimir Poutine
Le Président russe, Vladimir Poutine

Crédité de plus de 76% des voix à l’issue du scrutin du 28 décembre, le président centrafricain entame son troisième mandat en réaffirmant son ancrage russe. Plusieurs candidats malheureux reconnaissent leur défaite, tandis qu’un opposant conteste le verdict des urnes.

Alors que les résultats ne sont pas encore publié, Faustin-Archange Touadera tend la main à Moscou. Dans une interview accordée à l’agence de presse russe TASS, le président centrafricain a salué Vladimir Poutine comme un « grand dirigeant ». Il a souligné l’attention particulière que le chef du Kremlin porte aux relations bilatérales et l’a invité à effectuer une visite officielle à Bangui.

Cette invitation intervient dans un contexte de coopération renforcée entre les deux pays. En 2018, la République centrafricaine avait été le premier État africain à faire appel aux mercenaires russes de Wagner. Le pays traversait alors une période d’instabilité chronique, marquée par une recrudescence des violences de plusieurs groupes rebelles. Depuis, cette collaboration sécuritaire s’est progressivement étendue à d’autres domaines, notamment l’extraction d’or et de diamants.

Une victoire en attente de validation officielle

Les résultats provisoires publiés cette semaine par l’Autorité nationale des élections (ANE) accordent la majorité absolue au président sortant dès le premier tour. Au pouvoir depuis 2016, Faustin-Archange Touadera obtient ainsi un troisième mandat consécutif.

Le groupe paramilitaire russe a réagi à ces premiers résultats par un message affirmant ne pas douter que « le choix de maintenir l’ordre et la paix prévaudra ».

Des opposants appellent à l’apaisement

Plusieurs candidats malheureux ont choisi de reconnaître leur défaite. C’est le cas d’Eddy Symphorien Pkarekouti, qui privilégie la stabilité nationale : « Le président Touadera a gagné avec 76%, c’est la victoire. Il faut que nous cédions tous à cette victoire, c’est la démocratie. Avoir le courage de dire oui, j’ai perdu, et reconnaître que mon adversaire a gagné. On ne doit pas se servir des irrégularités pour créer des problèmes. »

Aristide Briand Reboas adopte une posture similaire, tout en formulant des attentes concrètes : « Le peuple centrafricain demande avec insistance que les choses continuent dans une accélération, avec l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Mais avec des acteurs capables d’agir dans la pro-activité pour relever le niveau déplorable de la santé, de l’éducation et des infrastructures. » Un message qui replace le débat sur les priorités sociales du prochain quinquennat.

Une contestation encadrée par le droit

À rebours de cette dynamique d’acceptation, Anicet Georges Dologuélé a officiellement indiqué ne pas reconnaître le verdict proclamé par l’ANE. L’ancien Premier ministre pointe des irrégularités dans le processus électoral. Il exclut toutefois toute logique de confrontation et renvoie la suite de la procédure aux institutions compétentes.

La République centrafricaine entre ainsi dans une phase décisive de son cycle post-électoral. Entre acceptation du résultat, exigences de gouvernance et contestation juridique, le pays devra trouver son équilibre. Pour Moscou, cette réélection offre l’occasion de consolider ses intérêts stratégiques dans ce pays d’Afrique centrale.

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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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