
La République centrafricaine s’enfonce dans une zone de turbulences politiques après l’annonce des résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre dernier. Alors que l’Autorité nationale des élections (ANE) a proclamé la victoire écrasante du président sortant Faustin-Archange Touadéra dès le premier tour, son principal challenger, Anicet-Georges Dologuélé, rejette fermement ce verdict.
L’opposant accuse l’institution électorale d’avoir orchestré une manipulation massive des chiffres pour assurer un « coup KO » au profit du régime en place.
Un score fleuve qui cristallise les tensions
Selon les données publiées par l’ANE, Faustin-Archange Touadéra l’emporte avec 76,15 % des suffrages exprimés. Il laisse Anicet-Georges Dologuélé loin derrière avec seulement 14,66 % des voix. Henri-Marie Dondra, arrivé en troisième position, ne recueille que 3,19 %. Pour Anicet-Georges Dologuélé, ces statistiques ne reflètent absolument pas la réalité des urnes. Il affirme que ses propres réseaux de collecte, forts de 10 000 représentants déployés sur tout le territoire, lui donnent une avance confortable. L’opposant dénonce notamment le fait que les résultats de ses bastions du Nord-Ouest, traditionnellement acquis à sa cause, auraient été délibérément ignorés ou minimisés lors de la compilation centrale.
La stratégie de la « machine » présidentielle
La victoire de Faustin-Archange Touadéra semble être l’aboutissement d’une préparation méthodique entamée dès l’adoption de la nouvelle Constitution en 2023. En faisant sauter le verrou limitant le nombre de mandats, le camp présidentiel a pu mobiliser d’importants leviers étatiques et financiers bien avant le début officiel de la campagne. Le parti au pouvoir, le Mouvement Cœurs Unis, a bénéficié d’une occupation quasi totale de l’espace public, tandis que les candidats de l’opposition se plaignaient de blocages administratifs, de difficultés d’accès aux provinces et d’un espace médiatique verrouillé.
Une bataille judiciaire devant le Conseil constitutionnel
Face à ce qu’il qualifie de « hold-up le moins camouflé de l’histoire du pays », Anicet-Georges Dologuélé a annoncé son intention de saisir le Conseil constitutionnel. Le recours devrait porter sur de nombreuses irrégularités constatées le jour du vote, mais aussi sur le processus de traitement des procès-verbaux par l’ANE. Henri-Marie Dondra a également rejoint la fronde en annonçant un recours similaire et en réclamant la dissolution pure et simple de l’Autorité électorale. Les yeux des Centrafricains sont désormais rivés vers les juges constitutionnels, qui ont jusqu’au 20 janvier 2026 pour proclamer les résultats définitifs.
Un climat sécuritaire de plus en plus pesant
Au-delà de la contestation électorale, l’inquiétude grandit concernant la sécurité des figures de l’opposition. Anicet-Georges Dologuélé a récemment dénoncé le « kidnapping » de l’unité militaire chargée de sa garde à son domicile de Bangui dans la nuit de lundi à mardi. Ce climat d’intimidation, couplé à des tentatives passées de l’administration pour invalider son certificat de nationalité, laisse craindre un durcissement du régime face à la contestation.




