
Le débat télévisé « Faram Facce » a quitté le terrain politique pour entrer dans le champ judiciaire. À la suite de propos tenus par l’ancien député Doudou Wade sur le plateau de la TFM, le Procureur de la République a décidé de s’autosaisir du dossier. Ces déclarations, jugées sensibles, ont conduit à l’ouverture d’une enquête officielle.
L’animateur Pape Ngagne Ndiaye et son invité ont été convoqués par la Sûreté urbaine de Dakar pour être entendus dans ce cadre.
Une métaphore aéronautique qui ne passe pas
Le premier point de friction concerne une comparaison utilisée par le responsable du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) pour critiquer l’actuel chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye. Doudou Wade a dressé un parallèle entre la direction du pays et le pilotage d’un avion de ligne de type A337. Dans son raisonnement, il a estimé que les anciens présidents Diouf, Wade et Sall possédaient l’expérience nécessaire, contrairement au pouvoir actuel qu’il a assimilé à un « conducteur de moto Jakarta ». Cette image, perçue comme offensante pour l’institution présidentielle, suggère selon les enquêteurs un manque de préparation et de légitimité technique pour diriger le Sénégal.
Des déclarations interprétées comme un appel à l’armée
L’aspect le plus sensible du dossier judiciaire porte sur des propos susceptibles d’être interprétés comme une incitation à l’insurrection ou à une intervention militaire. Lors de son intervention, Doudou Wade a déclaré que l’histoire montrait que certaines républiques avaient été « sauvées » par des coups d’État ou par l’action des forces armées. Même s’il a reconnu le caractère non démocratique de telles méthodes, l’ancien député a appelé les citoyens à « prendre leurs responsabilités » face à ce qu’il décrit comme un péril pour la nation. Pour le parquet, ces références répétées à une rupture constitutionnelle forcée justifient l’ouverture d’une enquête approfondie pour menaces à l’ordre public.
Ousmane Sonko et la notion de danger public
L’entretien télévisé ne s’est pas limité à la figure présidentielle. Doudou Wade a également ciblé le Premier ministre Ousmane Sonko, le qualifiant ouvertement de « danger public ». Selon lui, une partie de la jeunesse sénégalaise commencerait à exprimer des regrets quant à son engagement politique passé. Ces attaques frontales, couplées à l’appel de « dégager celui qui est nommé », ont été intégrées au dossier d’enquête. Le face-à-face avec les policiers de la Sûreté urbaine doit désormais déterminer si ces propos relèvent de la simple liberté d’expression politique ou s’ils franchissent la ligne rouge de l’appel à la sédition.




