Des avions de Asky et Air Côte d’Ivoire endommagés au Niger : Tiani rompt le silence sur les tirs de jeudi et accuse


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Le général Abdourahamane Tiani, chef du CNSP
Le général Abdourahamane Tiani, chef du CNSP

L’attaque spectaculaire menée contre l’aéroport de Niamey a ravivé les fractures politiques et sécuritaires qui traversent le Niger et l’ensemble du Sahel. Si les autorités assurent que la situation est désormais sous contrôle, l’événement a déclenché une riposte politique immédiate du pouvoir militaire.

Au Niger, l’attaque armée contre l’aéroport international Diori Hamani de Niamey continue de provoquer de vives réactions politiques et diplomatiques. Survenue dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 janvier, l’opération a visé à la fois des installations civiles et la base aérienne militaire attenante. Si la situation sécuritaire est revenue à la normale dans la capitale, les autorités nigériennes dénoncent une tentative de déstabilisation d’ampleur et pointent directement la responsabilité de plusieurs chefs d’État de la sous-région et de la France.

Une attaque nocturne ciblant la base aérienne et des avions civils

Selon le ministère nigérien de la Défense nationale, l’assaut a débuté tard dans la nuit, lorsque des hommes armés ont tenté de pénétrer dans la zone militaire de l’aéroport, où stationne la flotte aérienne de l’armée. Les forces de sécurité ont rapidement réagi, engageant des échanges de tirs violents. Le bilan officiel fait état de vingt assaillants neutralisés et onze autres interpellés.

Quatre soldats nigériens ont été grièvement blessés et pris en charge dans des structures médicales de la capitale. Les autorités qualifient les assaillants de « mercenaires lourdement armés », sans pour l’instant préciser leur affiliation exacte. Un reportage diffusé par la télévision publique RTN affirme qu’un ressortissant français figurerait parmi les assaillants tués, une information qui n’a pas été confirmée de manière indépendante à ce stade.

D’importants dégâts matériels sur des avions commerciaux

Outre l’aspect militaire, l’attaque a causé des dommages significatifs dans la zone civile de l’aéroport. Le ministère de la Défense évoque des dégâts sur au moins trois aéronefs, dont deux appareils de la compagnie Asky Airlines et un avion d’Air Côte d’Ivoire, touchés alors qu’ils étaient stationnés sur le tarmac. L’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) a toutefois tenu à rassurer, indiquant que les activités aéroportuaires ont repris normalement dès jeudi matin, sans perturbation majeure des vols commerciaux.

Au lendemain de l’attaque, le chef de la junte au pouvoir, le général Abdourahamane Tiani, s’est rendu sur la base de l’Escadrille nationale, au cœur du dispositif militaire de l’aéroport. Devant les soldats, il a salué la « bravoure » et la « réactivité » des forces nigériennes, mais aussi celle de leurs partenaires russes, engagés dans l’appui sécuritaire depuis la rupture avec les alliés occidentaux. Selon Tiani, l’intervention coordonnée a permis de « mettre en déroute l’ennemi en moins de vingt minutes », évitant des pertes humaines plus lourdes et la destruction d’équipements stratégiques.

Accusations directes contre Macron, Talon et Ouattara

Le discours du Président nigérien a rapidement pris une tournure politique. Dans des propos particulièrement virulents, Abdourahamane Tiani a accusé Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les « sponsors » des mercenaires impliqués dans l’attaque. « Nous les avons suffisamment écoutés aboyer. Qu’ils s’apprêtent désormais à nous écouter rugir », a-t-il lancé, sans détailler la nature des représailles envisagées.

Ces déclarations marquent une nouvelle escalade verbale entre Niamey et plusieurs capitales ouest-africaines. Jeudi, deux grands rassemblements ont été organisés dans la capitale, notamment sur la place de l’Assemblée nationale et au carrefour de l’Escadrille nationale. Des milliers de personnes ont répondu à l’appel des autorités, affichant leur soutien au régime militaire et dénonçant ce qu’elles perçoivent comme des tentatives étrangères de déstabilisation du Niger.

Posture de résistance face aux pressions internationales

Ces manifestations s’inscrivent dans une stratégie de mobilisation populaire régulièrement utilisée par la junte pour renforcer sa légitimité interne et afficher une posture de résistance face aux pressions internationales. Cette attaque intervient dans un contexte de recomposition sécuritaire au Sahel, marqué par le retrait des forces françaises, la montée en puissance de la coopération avec la Russie et la rupture progressive avec plusieurs organisations régionales.

Pour les autorités nigériennes, l’assaut contre l’aéroport de Niamey constitue un signal fort des menaces auxquelles le pays reste confronté. Alors que l’enquête se poursuit pour identifier les commanditaires et les réseaux impliqués, cette affaire pourrait encore aggraver les tensions diplomatiques entre le Niger et certains de ses voisins, tout en renforçant la rhétorique souverainiste du pouvoir en place.

Etienne Dione
Très attaché à l’Afrique Centrale que je suis avec une grande attention. L’Afrique Australe ne me laisse pas indifférent et j’y fais d’ailleurs quelques incursions
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