Bras de fer diplomatique : pourquoi le Bénin et le Niger chassent leurs émissaires


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Frontières Niger Bénin
Frontières Niger - Bénin

La tension est montée d’un cran entre le Bénin et le Niger. En l’espace de quelques jours, les deux capitales ont procédé à des expulsions diplomatiques croisées, signe d’un durcissement inédit de leurs relations. Cette nouvelle séquence de crispation s’inscrit dans un climat de méfiance installé depuis le coup d’État militaire de juillet 2023 au Niger.

Elle révèle l’ampleur de la fracture politique et stratégique qui traverse aujourd’hui l’Afrique de l’Ouest.

Un engrenage de représailles sous le signe de la réciprocité

L’étincelle de cette nouvelle brouille a jailli la semaine dernière, lorsque les autorités béninoises ont décidé d’expulser un agent de renseignement et un policier en poste à l’ambassade du Niger à Cotonou. Si les motifs exacts de cette décision n’ont pas été rendus publics, la réponse de Niamey ne s’est pas fait attendre. Dans une note datée du 1er janvier, le régime nigérien a déclaré « persona non grata » le premier conseiller de l’ambassade du Bénin au Niger. Invoquant un « principe de réciprocité », les autorités nigériennes lui ont accordé un délai de 48 heures pour quitter le territoire, sans fournir davantage d’explications sur ce grief spécifique.

L’ombre du putsch manqué de décembre

Cette dégradation brutale intervient dans un climat déjà lourd de suspicions. Les relations entre les deux capitales sont devenues glaciales depuis le coup d’État militaire de juillet 2023 au Niger. Cependant, le point de rupture semble avoir été atteint après la tentative de putsch déjouée au Bénin le 7 décembre dernier. Bien que Cotonou n’ait pas officiellement désigné son voisin comme responsable, de forts soupçons pèsent sur une implication, ou du moins un soutien tacite, de Niamey à cette déstabilisation manquée. Le déluge de fausses nouvelles pro-putschistes observé sur les réseaux sociaux sahéliens ce jour-là n’a fait que renforcer les craintes du gouvernement de Patrice Talon.

Le choc des idéologies entre l’AES et les pays côtiers

Au-delà des incidents ponctuels, c’est une véritable fracture géopolitique qui s’est installée. Le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Burkina Faso, revendique une ligne souverainiste et anti-impérialiste. Elle se rapproche de Moscou et s’éloigne de la Cedeao. Dans cette nouvelle architecture régionale, le Bénin est régulièrement accusé par Niamey d’être un relais des intérêts occidentaux, et notamment français, dans la sous-région. Cotonou, de son côté, rejette fermement ces accusations de déstabilisation et dénonce une rhétorique agressive de la part des militaires au pouvoir au Niger.

Un avenir incertain pour la coopération régionale

Ces expulsions mutuelles placent les relations diplomatiques entre les deux pays à leur niveau le plus bas. Alors que le pipeline pétrolier reliant les deux nations avait un temps laissé espérer une forme de pragmatisme économique, la politique semble avoir repris le dessus. L’isolement diplomatique croissant entre les pays de l’hinterland dirigés par des militaires et les États côtiers fragilise la stabilité de toute la zone, rendant de plus en plus difficile la gestion commune des défis sécuritaires et économiques qui frappent pourtant les deux populations avec la même intensité.

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Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
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