
Les autorités civiles et militaires ont fait leur retour à Uvira, deuxième ville de la province du Sud-Kivu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, près de deux mois après leur départ lié à l’avancée de l’AFC/M23. Au moment où des autorités annoncent vouloir rétablir les services publics et l’administration, des accusations graves émergent : deux fosses communes auraient été découvertes dans la ville, selon le gouverneur provincial.
En République Démocratique du Congo, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, affirme que deux sites suspects ont été identifiés à Uvira. Le premier se situerait dans le quartier de Kiromoni, dans la commune de Kavinvira. Alertées par des acteurs de la société civile, les autorités locales évoquent la présence de plusieurs corps enterrés. Certains habitants parlent d’au moins six victimes. À ce stade, aucune exhumation officielle n’a encore été menée pour confirmer ces allégations.
Une autre fosse signalée à Sange
Un second site aurait été repéré au cimetière de Kavinvira. D’après les informations avancées par le gouverneur, il contiendrait plusieurs dizaines de corps. Ces révélations suscitent une vive inquiétude au sein de la population locale, encore marquée par les violences. Les autorités provinciales accusent directement l’AFC/M23 d’être responsable de ces exactions présumées. À une trentaine de kilomètres d’Uvira, dans la cité de Sange, des membres de la société civile évoquent également l’existence d’une fosse commune le long de la route nationale numéro 5.
Elle contiendrait une dizaine de corps, selon des témoignages locaux. Là encore, aucune enquête indépendante n’a été ouverte pour vérifier ces affirmations. Ces signalements interviennent dans un contexte particulier. La région frontalière du Burundi reste stratégique, tant sur le plan militaire qu’économique. Uvira constitue un carrefour important pour les échanges commerciaux et le contrôle territorial dans l’Est congolais, régulièrement secoué par des conflits armés depuis plus de deux décennies.
Human Rights Watch avait déjà alerté en janvier
En janvier dernier, Human Rights Watch (HRW) affirmait que durant le contrôle d’Uvira par l’AFC/M23, des combattants avaient menacé et harcelé des personnes perçues comme opposées au groupe armé. L’ONG évoquait des cas de meurtres, de disparitions forcées et de recrutement contraint. Une source onusienne citée par HRW faisait état d’une dizaine de civils tués. Le mouvement AFC/M23 avait rejeté en bloc ces accusations, dénonçant une campagne de désinformation.
Le groupe rebelle, actif dans l’Est de la RDC, est au cœur des tensions entre Kinshasa et Kigali, les autorités congolaises accusant régulièrement le Rwanda de soutenir la rébellion, une accusation que Kigali dément. Pour l’instant, aucune mission d’exhumation ni expertise médico-légale indépendante n’a été lancée. La question d’une enquête internationale se pose avec acuité. Une mission conjointe impliquant la Monusco et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) est actuellement déployée dans la zone.




