Macron-Tshisekedi : la RDC défie le Rwanda pour la tête de l’OIF


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Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi, à l'Elysée
Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi, à l'Elysée

En recevant son homologue congolais au Palais de l’Élysée, ce mercredi 25 février 2026, le Président Emmanuel Macron a offert à Félix Tshisekedi bien plus qu’un simple tête-à-tête diplomatique. Au-delà des préoccupations sécuritaires dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les deux chefs d’État ont abordé un dossier à forte portée symbolique et stratégique : la candidature de Kinshasa au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

La RDC semble déterminée à arracher au Rwanda la tête de l’OIF. En effet, la question s’est invitée au menu des discussions, ce mercredi, entre Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi à l’Élysée.

Sécurité à l’est : Paris réaffirme son soutien à l’intégrité congolaise

La rencontre s’est tenue dans un contexte régional particulièrement tendu. Dans l’est de la RDC, les combats continuent de faire rage. Mardi, le porte-parole de l’AFC/M23, Willy Ngoma est tombé sous les balles de l’armée congolaise qui, aux dernières nouvelles, a enregistré quelques avancées sur les troupes rebelles dans des territoires du Nord-Kivu. Face à ce conflit qui déchire la partie orientale de la RDC, Paris a réitéré son « attachement au respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté » du pays.

La France a exprimé sa solidarité avec Kinshasa tout en appelant à une désescalade et à une solution durable conforme au droit international. Cette prise de position a lieu à un moment où la RDC multiplie les démarches diplomatiques pour internationaliser la question sécuritaire et obtenir des soutiens explicites sur la scène mondiale. Pour Kinshasa, chaque déclaration publique de soutien constitue un levier dans le rapport de force régional. Pour Paris, l’équation est plus délicate : préserver la stabilité des Grands Lacs sans rompre les équilibres diplomatiques avec Kigali.

L’OIF, nouveau terrain de rivalité entre Kinshasa et Kigali

Mais c’est un autre front, plus feutré mais tout aussi stratégique, qui se dessine : celui de la gouvernance de la Francophonie. La RDC envisage de présenter une candidature au secrétariat général de l’OIF. Cette ambition croise celle du Rwanda qui avait déjà annoncé la reconduction de la candidature de l’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, pour un troisième mandat.

L’élection aura lieu lors du Sommet de la Francophonie prévu les 15 et 16 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge. Ce rendez-vous sera déterminant pour l’avenir institutionnel de l’organisation. Dès lors, les tensions sécuritaires entre Kinshasa et Kigali pourraient se déplacer sur le terrain diplomatique, dans une bataille d’influence où chaque voix comptera parmi les États et gouvernements membres.

La France, pivot incontournable

Début février, Paris avait déjà envoyé à Kinshasa une mission conduite par Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie. Son message s’était voulu ouvert et mesuré : la France est « ouverte à toutes les candidatures » déposées avant la date limite du 15 mai, tout en soulignant l’importance du rôle de la RDC au sein de l’espace francophone. Cette prudence diplomatique traduit la position particulière de la France au sein de l’OIF. Acteur majeur de l’organisation, Paris dispose d’un poids politique déterminant, mais doit composer avec des équilibres internes complexes, notamment entre pays africains francophones.

La RDC peut faire valoir des arguments de poids : elle est le pays francophone le plus peuplé au monde, avec une démographie en forte croissance et un dynamisme culturel reconnu. Sa diplomatie met en avant son attachement au multilatéralisme, rappelant également son mandat récent au Conseil de sécurité des Nations unies pour deux ans.

Une candidature à forte portée symbolique

Pour Kinshasa, briguer la tête de l’OIF relève d’une stratégie de repositionnement international. Il s’agit d’affirmer son statut de puissance francophone majeure et de sortir d’une image exclusivement associée aux crises sécuritaires. En interne, cette ambition participe aussi d’une stratégie politique : démontrer la capacité du pays à peser sur les grandes institutions multilatérales et à défendre ses intérêts au-delà du théâtre régional.

Pour le Rwanda, soutenir un troisième mandat de Louise Mushikiwabo constituerait un signal de continuité et de consolidation d’une influence diplomatique déjà acquise au sein de la Francophonie, malgré les tensions persistantes avec Kinshasa.

Vers un sommet sous haute tension diplomatique

Le Sommet de novembre 2026 s’annonce donc comme un moment charnière. Si la rivalité entre la RDC et le Rwanda s’est jusqu’ici exprimée principalement sur le plan militaire et sécuritaire, elle pourrait désormais se cristalliser dans les arènes diplomatiques. En recevant Félix Tshisekedi à l’Élysée, Emmanuel Macron a, de fait, accepté d’endosser un rôle d’interlocuteur central dans cette recomposition des équilibres francophones. Entre soutien à la souveraineté congolaise et gestion prudente des ambitions concurrentes, la France devra naviguer avec finesse.

Pour la RDC, la bataille de l’OIF dépasse la simple conquête d’un poste : elle s’inscrit dans une stratégie plus large de reconnaissance, d’influence et de réaffirmation de sa place au cœur du monde francophone. Il faut maintenant attendre pour voir l’issue de cette ambition congolaise : trouvera-t-elle un écho favorable parmi les États membres ?

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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