RDC : neuf jeunes condamnés à mort pour viol collectif à Kolwezi


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Le tribunal de grande instance de Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, a condamné, lundi 23 février, neuf jeunes hommes à la peine de mort pour viol collectif et association de malfaiteurs.

Le jugement, rendu en procédure de flagrance, a eu lieu après une affaire ayant profondément choqué l’opinion publique en janvier dernier dans cette ville minière du sud-est de la RDC.

Les faits remontent à la fin du mois de janvier 2026. Une jeune fille a été entraînée de force puis violée par un groupe de jeunes hommes dans le quartier Golf ISTM, à Kolwezi. La brutalité des faits a été aggravée par la diffusion volontaire, sur les réseaux sociaux, d’une vidéo de l’agression, filmée par les auteurs eux-mêmes. Cette mise en ligne a provoqué une onde de choc bien au-delà de la province du Lualaba. Les images, largement partagées, ont suscité une vague d’indignation nationale et accéléré l’intervention des services de sécurité. L’identification et l’arrestation des suspects ont été rapides, sous la pression d’une opinion publique exigeant des sanctions exemplaires.

Une agression d’une extrême violence, un verdict sans appel

À l’issue du procès en flagrance, le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public. Neuf des dix prévenus ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs et de viol. Les peines prononcées sont : la peine de mort, retenue au titre de l’association de malfaiteurs, considérée comme l’infraction la plus grave dans ce dossier ; 20 ans de servitude pénale pour le viol ; des peines pécuniaires à savoir : 1 million de francs congolais pour chacun des prévenus et le paiement solidaire de la somme de 20 000 dollars américains à titre de dommages et intérêts pour la victime.

La sévérité du jugement est perçue comme un message fort des autorités judiciaires face à la recrudescence des violences sexuelles et à l’insécurité urbaine dans cette région stratégique pour l’économie congolaise.

Un signal contre les violences sexuelles

En RDC, les violences sexuelles constituent un fléau ancien, particulièrement documenté dans les zones de conflit de l’est du pays. Mais les grandes villes minières comme Kolwezi ne sont pas épargnées par les agressions liées à la délinquance urbaine et aux bandes organisées. La qualification d’« association de malfaiteurs » retenue par le tribunal souligne la dimension collective et organisée de l’agression. En prononçant la peine capitale, la juridiction entend manifestement frapper les esprits et dissuader d’autres passages à l’acte.

Si la peine de mort est toujours prévue par le droit congolais, son application effective fait régulièrement débat au sein de la société civile et des organisations de défense des droits humains. Le jugement de Kolwezi relance ainsi, en filigrane, la question de la politique pénale face aux crimes les plus graves. Pour de nombreux observateurs locaux, ce verdict représente avant tout un acte symbolique fort : celui d’une justice qui se veut rapide, visible et exemplaire dans un contexte où l’impunité est souvent dénoncée.

Sur les dix individus initialement poursuivis, un dossier a été disjoint. Le prévenu Zéphirin Ngoy Kalenga a été déclaré mineur au moment des faits. En conséquence, le tribunal de grande instance s’est déclaré incompétent à son égard. Son cas devra être examiné par une juridiction pour enfants, conformément à la législation congolaise relative à la protection des mineurs en conflit avec la loi. Cette décision illustre l’application différenciée du droit pénal selon l’âge des mis en cause, même dans des affaires particulièrement graves.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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