
À dix mois du prochain Sommet de la Francophonie au Cambodge, la course est lancée. Kigali prend les devants et annonce son soutien officiel à Louise Mushikiwabo. L’actuelle Secrétaire générale briguera un troisième mandat, une décision qui pourrait raviver les tensions diplomatiques avec la RDC et poser la question de l’alternance géographique au sein de l’institution.
Un bilan « salué » pour justifier un nouveau mandat
C’est officiel : le Rwanda plébiscite Louise Mushikiwabo pour rester à la tête de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). L’annonce a été faite ce lundi par le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, dans un entretien accordé à notre confère Jeune Afrique.
Alors que le prochain Sommet de la Francophonie se tiendra au Cambodge en novembre 2026, Kigali ne perd pas de temps. Pour justifier cette candidature précoce, le chef de la diplomatie rwandaise met en avant le bilan « positif et salué » de l’ancienne ministre, qui comptabilise déjà sept années à la tête de l’organisation. Selon Kigali, ce troisième mandat s’inscrit dans une logique de continuité et de consolidation des réformes engagées.
L’ombre d’une rivalité entre le Rwanda et la RDC
Cette annonce intervient dans un contexte régional sous haute tension. Alors que la clôture des candidatures est fixée à fin avril, les spéculations vont bon train sur l’émergence de concurrents venus d’Afrique Centrale, notamment du Burundi ou de la République Démocratique du Congo (RDC).
Si la RDC n’a pas encore officiellement présenté de candidat, rappelons qu’une candidature ne peut être individuelle et doit être portée par un État membre, l’investiture de Louise Mushikiwabo par le Rwanda pourrait être perçue comme un nouvel affrontement diplomatique entre Kinshasa et Kigali. Le terrain de la Francophonie, habituellement feutré, risque de devenir le théâtre de ces antagonismes régionaux.
Le défi de la rotation géographique et des valeurs
Au-delà des rivalités nationales, cette candidature soulève des questions de fond sur le fonctionnement de l’OIF. Le poste de Secrétaire général, qui confère un rang équivalent à celui de chef d’État, est la clé de voûte de l’institution. Il est le garant des valeurs de la Charte : paix, bonne gouvernance, droits de l’homme et respect strict de la démocratie.
Cependant, la question de la « rotation géographique » pourrait être un argument utilisé par les détracteurs d’un troisième mandat rwandais. L’OIF est composée de grandes régions (Afrique Centrale, de l’Ouest, du Nord, Moyen-Orient, etc.). Après deux mandats consécutifs d’une représentante de l’Afrique de l’Est/Centrale, certains États membres pourraient juger judicieux de favoriser une alternance régionale en novembre prochain.
Le spectre du scénario de 2014
L’annonce inattendue et rapide de Kigali vise sans doute à couper l’herbe sous le pied d’éventuels rivaux et à construire un consensus, mode de décision privilégié au sein de l’OIF. Cependant, les observateurs gardent en mémoire le précédent de 2014. À l’époque, l’incapacité des pays africains à s’entendre sur un candidat unique avait fait du bruit. Les voix s’étant dispersées entre l’ancien président burundais Pierre Buyoya et l’ancien Premier ministre congolais Henri Lopes. Finalement, cela avait conduit à l’élection d’un « candidat de compromis » venu du Nord : la Canadienne Michaëlle Jean.
En officialisant très tôt sa championne, le Rwanda tente d’éviter ce scénario et de verrouiller le soutien des États membres. Reste à savoir si la RDC ou d’autres nations saisiront l’opportunité de cette élection pour transformer le Sommet du Cambodge en une bataille diplomatique ouverte.



