Frontière RDC-Burundi : l’économie d’Uvira paralysée par deux mois de fermeture


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Inondation  Inondations à Uvira

Depuis deux mois, la fermeture du poste frontalier de Gatumba asphyxie la ville d’Uvira, à l’est de la RDC. Les échanges commerciaux avec Bujumbura, essentiels à l’économie locale, sont à l’arrêt. La crise dépasse le cadre économique et affecte désormais la santé, l’éducation et la cohésion sociale. Les habitants appellent à une solution diplomatique urgente pour rouvrir ce corridor vital.

La vie s’est figée à Uvira. Depuis le 10 décembre dernier, la décision du Burundi de fermer le poste frontalier de Gatumba a plongé cette ville de l’est de la République démocratique du Congo dans une léthargie profonde. Autrefois vibrante d’échanges avec Bujumbura, la cité congolaise tourne aujourd’hui au ralenti, laissant des milliers de familles dans une précarité croissante et une incertitude totale quant à leur avenir.

Un poumon économique à l’arrêt complet

L’impact le plus immédiat de cette fermeture est économique. La frontière entre Kavimvira et Gatumba servait de véritable cordon ombilical pour la région. Chaque jour, des centaines de transporteurs et de petits commerçants transféraient des produits vivriers, des vêtements et des articles manufacturés d’une rive à l’autre. Scolastique Mushota, une vendeuse locale, témoigne de cet effondrement : les petits commerçants dépendaient entièrement des flux avec Bujumbura pour s’approvisionner et écouler leurs marchandises.

Aujourd’hui, les étals des marchés d’Uvira sont clairsemés et les revenus des ménages se sont volatilisés. Bujumbura ne représentait pas seulement un partenaire commercial, mais un débouché naturel et vital. Sans cette fluidité, l’économie de proximité s’essouffle, menaçant la capacité des familles à subvenir à leurs besoins alimentaires de base.

Urgence sanitaire et détresse sociale

Au-delà des chiffres, c’est une crise humaine qui se dessine. Pour de nombreux habitants d’Uvira, Bujumbura était la solution de recours pour des soins médicaux spécialisés, les structures burundaises étant souvent jugées plus accessibles et mieux équipées. Mapendo Julienne, commerçante à Uvira, alerte sur une situation devenue dramatique : des malades mourraient faute de pouvoir traverser la frontière pour recevoir des soins urgents.

La dimension sociale est tout aussi préoccupante. La frontière n’est pas qu’une ligne de démarcation ; elle traverse des vies. Mariages mixtes, liens de parenté et parcours scolaires unissent les populations des deux pays. Bibenga Georges, parent d’élève, s’inquiète pour les enfants ayant fui les combats de décembre vers le Burundi. Ces derniers se retrouvent bloqués, incapables de regagner leurs écoles à Uvira pour poursuivre leur programme scolaire, malgré le retour au calme sécuritaire.

L’appel pressant à une solution diplomatique

La fermeture initiale avait été motivée par l’incursion des rebelles de l’AFC/M23 à Uvira en décembre. Cependant, bien que les forces de sécurité congolaises aient repris le contrôle total de la ville depuis janvier, les barrières restent hermétiquement closes. Pour la société civile, représentée par Ghislain Baraiga Kabamba, la réouverture est une nécessité absolue qui dépasse les clivages politiques, tant elle constitue un facteur de développement et de stabilité sociale pour les deux nations.

Les habitants d’Uvira, s’ils comprennent les impératifs de sécurité, réclament aujourd’hui un geste politique fort. Ils appellent les gouvernements de Kinshasa et de Gitega à engager un dialogue sincère pour rétablir ce trait d’union vital. Dans l’attente d’une décision, chaque journée supplémentaire de fermeture fragilise un peu plus le tissu social et économique de cette région frontalière déjà durement éprouvée.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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