Henri Lopes fait le roman de ce siècle

Le romancier congolais Henri Lopes publie aux éditions Gallimard son huitième roman, « Une enfant de Poto-Poto », qui retrace de manière vivante et joyeuse l’itinéraire de Kimia, née à Brazzaville, de l’enfance jusqu’à l’âge mûr, où elle devient professeur d’université aux Etats-Unis. Une traversée détachée et lumineuse du dernier demi-siècle.

Henri Lopes est un défricheur littéraire : aux avant-gardes de la littérature francophone, à la fois rigoureux sur la langue et souple sur les influences et les parlers divers qui enrichissent l’héritage de Molière.

C’est aussi un formidable conteur : les personnages se rencontrent, se croisent et se décroisent, les passions se nouent et se dénouent, la morale sociale n’y trouve pas toujours son compte, mais Kimia et son amie Pélagie, un rien plus délurée qu’elle, choisissent librement leur chemin vers le plaisir et la réussite, parfois rivales, toujours amies.

Le déroulé des existences ne suit pas un tour prévisible… Les aléas de l’histoire, les contrecoups des idéologies qui dominent un temps la scène congolaise, les rencontres et les surprises bâtissent des destinées parallèles et erratiques à la fois. La force du romancier est dans la justesse des atmosphères, la précision des évocations des lieux traversés, l’humour léger et affectueux avec lequel il les peint.

Au coeur du roman, la problématique des identités partagées, du berceau congolais à la carrière américaine, dans une fidélité permanente à quelques influences fondatrices : un professeur de français lui-même fils de Poto-Poto et qui fait découvrir à l’héroïne la puissance des auteurs classiques mais aussi la richesse des écritures francophones…

La langue est au coeur de l’identité, elle est à la fois la mémoire la conscience et le rêve, et les mots sont porteurs de sens pluriels et de vertus secrètes. Il n’est pas indifférent que Kimia, actrice et narratrice de ce roman identitaire, sot justement devenue une spécialiste de la langue et de l’écriture.

Ce qui nous ramène à l’auteur, dont on voit briller l’oeil moqueur dans de nombreuses scènes de vie qu’il photographie sur le vif, saisissant les mots et les gestes. Une enfant de Poto-Poto, bien sûr… Mais comment disait Flaubert, déjà? « Madame Bovary, c’est moi! ». Et si Kimia, c’était aussi un peu lui?

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