Corruption pétrolière au Congo : Guy Johnson au cœur du scandale norvégien


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Illustration face sombre du pétrole
Illustration face sombre du pétrole

La justice norvégienne a annoncé, lundi 26 janvier 2026, l’inculpation de deux cadres et d’une filiale du groupe pétrolier Petronor pour des faits présumés de corruption liés à des activités en République du Congo. Selon l’Økokrim, près de 25 millions de dollars auraient été versés, entre 2016 et 2024. Au cœur du dispositif : Guy Johnson figure centrale de la société écran MGI International. Les procureurs estiment que ces flux financiers, présentés comme des dividendes, visaient à obtenir des avantages souverains dans l’exploitation pétrolière offshore. Les personnes mises en cause contestent les accusations.

Guy Johnson, un homme d’affaires déjà rattrapé par la justice française

Le nom de Guy Johnson n’est pas inconnu des magistrats européens. En juin 2017, ce juriste avait été mis en examen à Paris pour « blanchiment de détournement de fonds publics », dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis ». Les enquêteurs français s’interrogeaient alors sur l’origine des fonds ayant permis d’acquérir en 2006 un hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine, doté de sept pièces et d’une piscine intérieure. À cet investissement initial de plus de 3 millions d’euros s’était ajoutée une facture de 5,34 millions d’euros pour d’importants travaux réalisés entre 2007 et 2011.

Les enquêteurs s’étaient également intéressés au rôle de Guy Johnson, apparu comme le gestionnaire d’une SCI ayant acquis en 2007 pour quelque 19 millions d’euros un hôtel particulier dans un arrondissement cossu de Paris. Des parts de cette société étaient notamment détenues par des membres de la famille Bongo. Guy Johnson est un ancien gendre du chef de l’État congolais, séparé de sa fille Julienne qui a pris ses distance avec lui depuis longtemps.

MGI International : le pivot financier de l’affaire

L’acte d’accusation norvégien décrit une stratégie de captation de ressources orchestrée entre 2016 et 2024. La société congolaise MGI International, détenait 25 % des parts de Hemla E&P Congo (HEPCO), titulaire de la licence pétrolière offshore PNGF Sud, tandis que Hemla Africa Holding en conservait 75 %.

L’enquête menée par la procureure Marianne Djupesland révèle que ce partage des revenus ne reposait pas sur une logique commerciale classique, mais visait à garantir un flux financier constant vers des bénéficiaires proche de Guy Johnson.

Des pots-de-vin déguisés en dividendes ordinaires

Les deux cadres norvégiens inculpés, Gerhard Ludvigsen et Knut Sovold, sont accusés de corruption grave et de violations majeures des règles comptables. Selon l’acte d’accusation, ils « ont veillé à ce que des dividendes soient régulièrement versés par HEPCO à MGI. Jusqu’en 2024 inclus, cela a conféré un avantage d’au moins 24,68 millions de dollars». D’autres pots-de-vin auraient également été versés sous forme « d’avantages indus et de prêts ».

De son côté, le groupe Petronor a réagi fermement en contestant l’intégralité de l’acte d’accusation. La défense des deux citoyens norvégiens, représentée par l’avocat Halvard Helle, plaide la normalité des pratiques. Selon cette ligne de défense, s’associer avec des partenaires locaux désignés par l’État d’accueil constitue une procédure standard dans l’industrie pétrolière mondiale.

Une affaire aux ramifications internationales

Cette nouvelle affaire s’inscrit dans un contexte plus large de scandales impliquant le secteur pétrolier en Afrique centrale. L’enquête norvégienne a été ouverte à la suite d’une demande d’entraide judiciaire formulée par la police de Monaco, portant sur une transaction bancaire jugée suspecte. Les investigations ont ensuite bénéficié d’une coopération internationale renforcée, notamment avec la France et les États-Unis.

Pour les autorités de l’Økokrim, la lutte contre la criminalité économique ne s’arrête pas aux frontières de l’Europe, surtout lorsque les revenus publics d’un pays africain sont détournés au profit d’intérêts privés sous couvert de contrats pétroliers complexes. Quant à Guy Johnson, ce nouveau volet norvégien vient alourdir un dossier judiciaire déjà conséquent.

Idriss K.Sow
Journaliste-essayiste mauritano-guinéen, il parcourt depuis une décennie les capitales et les villages d’Afrique pour chroniquer, en français, les réalités politiques, culturelles et sociales de l'Afrique
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