Henri Lopès repense le continent noir

Dans son dernier livre Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois, Henri Lopès, l’ancien Premier ministre du Congo Brazzaville et actuel ambassadeur du pays en France, mène une réflexion grande et aboutie sur le continent noir. L’homme de lettres fait un court bilan de ses combats, souligne les poisons de notre époque et propose des antidotes.

Henri Lopès passe au peigne fin les maux de l’Afrique. Pour régler la situation difficile dans laquelle semble « s’embourber » le continent, il demande le soutien massif de « penseurs et créateurs » qui se placeraient « à contre-courant des bien-pensants». Pour lui, la raison devrait désormais régir tout un chacun. Tous nos faits et gestes. Ce garde-fou limiterait les dégâts, sinon les empêcheraient totalement. Ces maux, qu’il appelle « la bête immonde », en référence à Bertolt Brecht (qui lutta à sa façon contre Hitler), habitent aujourd’hui le corps des hommes incultes, se loge dans les clans de ceux qui sont renfermés sur eux, et qui ignorent tout de ce qui se passe chez le voisin. Ainsi, la Démocratie, avec sa liberté de parole, d’expression, est donc aussi une réponse.

Il faut regarder vers l’avant

L’ancien Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française dénonce le retour à tout prix vers un passé lointain, peint comme paradisiaque et qui, pour lui, n’existe pas. Car, s’il est vrai que ces époques révolues étaient remplies de sagesse, il n’en demeure pas moins qu’on y trouvait de la barbarie. Ainsi, il prône une avancée de l’homme, insiste sur sa marche vers l’avant. Marche qui pourrait débarrasser de cette impureté et devrait déboucher sur un futur plutôt « à conquérir, à édifier ». Aussi revient-il sur « le culte prononcé de l’identité culturelle, originelle, nationale ou religieuse » qui, à coup sûr, conduit à « un obscurantisme, un fondamentalisme, et à des politiques d’exclusion ». Pour lui, le métissage, donc le mélange des cultures doit exister. Cultures qu’il faut juxtaposer, en prenant soin de n’en rabaisser aucune, pour former une musique agréable, belle, harmonieuse. Ce métissage qu’il revendique, n’est pas seulement celui venant de son grand-père « Gaulois », mais aussi celui de la culture qui part de la Grèce antique avec ses grands hommes comme Homère, Platon, des poètes des siècles précédents, de Shakespeare et bien d’autres écrivains : Rainer Maria Rilke, Proust, ou encore Camus.

Où on voit

C’est un livre dans lequel on traverse bien des époques africaines, et où on voit passer succinctement, le travail d’affirmation de la puissance de la race noire avec sa construction des pyramides d’Egypte et du Zimbabwe, chose démontrée et révélée par l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop. Où on voit aussi défiler, les grands royaumes et empires africains, ou encore la fin de l’Apartheid marquée par un visage fort : celui de Nelson Mandela. Et cette phrase horrifiante de Jules Romains : « La race noire n’a encore donné, ne donnera jamais un Einstein, un Stravinski, un Gershwin ».

La culture de l’homme de lettres se remarque ici et là, au fil de ce mince livre où, des citations, proses, ou des vers d’hommes comme le Zimbabwéen Marécéra, Amu Djoleto et bien d’autre abondent. En reprenant une nouvelle fois son bâton de pèlerin, Henri Lopès exhorte chaque être à l’expression, à la lutte parce que, écrit-il, « il faut arracher les mauvaises herbes pour qu’elles n’étouffent pas les arbres porteurs de fleurs et fruits ».

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