Côte d’Ivoire : le FPI réclame une enquête après la mention d’un nom ivoirien dans les fichiers Epstein


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Pascal Affi N'Guessan
Pascal Affi N'Guessan

Le Front populaire ivoirien (FPI) a demandé, mardi 24 février, l’ouverture d’une enquête judiciaire en Côte d’Ivoire à la suite de la publication de nouveaux documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein.

Dans un communiqué, le parti d’opposition affirme que l’inaction des autorités judiciaires « équivaudrait à un aveu de culpabilité », après l’apparition du nom d’une proche du chef de l’État dans des fichiers rendus publics.

Un nom ivoirien dans une affaire aux ramifications internationales

Selon le FPI, les documents récemment dévoilés mentionneraient Nina Keïta, présentée comme une nièce du Président ivoirien Alassane Ouattara. D’après les éléments évoqués par le parti, elle aurait facilité un voyage du milliardaire américain à Abidjan et l’aurait mis en contact avec des personnalités politiques ivoiriennes. À ce stade, aucune autorité judiciaire ivoirienne n’a confirmé l’ouverture d’une procédure. Les faits évoqués reposent sur des documents issus de la procédure américaine dans l’affaire Epstein, dont plusieurs volets ont été progressivement déclassifiés ces dernières années.

Arrêté en 2019 aux États-Unis pour trafic sexuel de mineures, Jeffrey Epstein est mort en détention à New York dans des circonstances officiellement qualifiées de suicide. Son réseau présumé, ses connexions politiques, financières et mondaines ainsi que la nature internationale de ses déplacements ont alimenté de nombreuses enquêtes et spéculations.

Les révélations successives issues des dossiers judiciaires américains ont régulièrement fait apparaître des noms de personnalités publiques ou d’intermédiaires, sans que cela n’implique systématiquement une responsabilité pénale. Dans plusieurs pays, la simple mention d’un nom dans les archives judiciaires a toutefois suffi à déclencher des débats politiques et des demandes d’enquête.

Enjeux juridiques et diplomatiques

Dans son communiqué, le FPI affirme que « des victimes mineures pourraient vivre sur le territoire national » et estime qu’il est du devoir des autorités judiciaires d’établir la vérité. Le parti appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de vérifier la nature exacte des liens évoqués et d’éventuelles infractions commises en Côte d’Ivoire.

Si les éléments avancés devaient être formellement examinés par la justice ivoirienne, plusieurs questions se poseraient :

  • La compétence territoriale des juridictions ivoiriennes en cas de faits présumés commis sur le sol national ;
  • La coopération judiciaire internationale avec les autorités américaines ;
  • La protection d’éventuelles victimes, notamment mineures.

À ce stade, aucune preuve publique n’indique que des infractions auraient été commises en Côte d’Ivoire. La prudence reste donc de mise. Dans de précédents cas internationaux liés à l’affaire Epstein, des personnalités mentionnées dans les dossiers ont nié toute implication dans des activités illégales.

Pour les observateurs, l’enjeu dépasse la seule question d’un nom figurant dans des fichiers judiciaires étrangers. Il touche à la crédibilité des institutions et à la capacité de la justice ivoirienne à traiter, le cas échéant, des dossiers sensibles impliquant des personnalités proches du pouvoir. En demandant publiquement une enquête, le FPI place le gouvernement face à un dilemme politique : ignorer la requête au risque d’alimenter les soupçons, ou ouvrir des investigations au risque d’exposer d’éventuelles tensions internes.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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