Le Nigeria dément avoir versé une rançon à Boko Haram pour la libération d’écoliers


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Des dollars
Des dollars

Le gouvernement nigérian a catégoriquement rejeté, mardi 24 février, les conclusions d’une enquête de l’AFP selon lesquelles Abuja aurait versé plusieurs millions de dollars aux jihadistes de Boko Haram et libéré deux de leurs commandants en échange de la remise de quelque 230 otages enlevés dans une école catholique de l’État du Niger en novembre dernier.

Le 24 février 2026, le gouvernement nigérian a démenti avoir versé une rançon pour obtenir la libération de près de 230 enfants et membres du personnel enlevés dans l’école catholique St. Mary’s de Papiri, dans l’État du Niger (centre-ouest), par des jihadistes de Boko Haram en novembre dernier. Près de 300 personnes avaient été initialement kidnappées le 21 novembre 2025, avant qu’une cinquantaine d’entre elles ne parviennent à s’échapper.

Un démenti catégorique après l’enquête de l’AFP

La veille, le lundi 23 février, l’AFP avait publié une enquête révélant, sur la base de quatre sources du renseignement, que le gouvernement nigérian avait versé une rançon estimée à 2 milliards de nairas ou 7 millions de dollars, aux combattants de Boko Haram. Selon ces sources, la somme avait été acheminée par hélicoptère jusqu’au bastion jihadiste de Gwoza, dans l’État de Borno, à la frontière camerounaise, et remise au commandant Ali Ngulde. L’enquête affirme également que deux commandants du groupe jihadiste auraient été relâchés dans le cadre des négociations, menées par le conseiller à la sécurité nationale Nuhu Ribadu.

La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. À travers son ministre de l’Information, Mohammed Idris, le gouvernement fédéral a affirmé que « ces allégations sont totalement fausses et sans fondement et qu’elles portent atteinte au professionnalisme et à l’intégrité des forces de sécurité nigérianes ainsi qu’aux sacrifices qu’elles font au quotidien ». Le ministre a assuré que la libération des élèves et du personnel était le résultat combiné « du renseignement et d’une opération d’une grande précision ».

L’industrie du kidnapping, fléau structurel du Nigeria

Ce démenti intervient dans un contexte où le kidnapping de masse s’est consolidé en véritable industrie criminelle au Nigeria. Selon un rapport du cabinet de conseil SBM Intelligence, basé à Lagos, quelque 1,66 million de dollars ont été extorqués aux familles d’otages entre juillet 2024 et juin 2025. L’organisation ACLED a quant à elle recensé 828 enlèvements au cours de la dernière année, plaçant le Nigeria devant le Mexique et la Colombie.

L’enquête de l’AFP est venue raviver un débat brûlant. Les autorités nigérianes sont régulièrement accusées d’impuissance face à ces enlèvements, qu’elles ne parviennent ni à prévenir ni à résoudre rapidement. Le Nigeria a certes adopté en 2022 une loi criminalisant le paiement de rançons, passible de quinze ans de prison, mais son application reste largement théorique. Les familles continuent de payer pour récupérer leurs proches, parfois avec l’aide d’intermédiaires issus des forces de sécurité elles-mêmes.

Dans ce contexte, le démenti du gouvernement fédéral apparaît autant comme une défense juridique que comme un geste d’apaisement à destination d’une population vivant dans la peur constante dans plusieurs États du pays, et d’une communauté internationale attentive. C’eest notemment ke cas de Washington, après les frappes aériennes ordonnées par Donald Trump contre des cibles jihadistes dans le nord du Nigeria le jour de Noël.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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