Inondations au Maroc : plus de 143 000 évacuations face à une crise hydrologique dans le nord du pays


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Des inondations au Maroc
Inondations au Maroc

Des crues d’une ampleur exceptionnelle bouleversent le quotidien de milliers de foyers dans le nord du Maroc. Sous l’effet de pluies soutenues et de barrages arrivés à saturation, plusieurs provinces font face à une situation d’urgence marquée par des évacuations massives, des infrastructures fragilisées et une mobilisation accrue des secours. De Larache à Ksar El Kebir, les autorités tentent de contenir les risques humains alors que l’épisode hydrologique reste évolutif et sous haute surveillance.

Le nord du Maroc traverse l’un des épisodes d’inondations les plus graves de ces dernières années. Des pluies intenses et continues ont provoqué une montée rapide des eaux, contraignant les autorités à lancer des opérations d’évacuation d’envergure. Selon les chiffres communiqués par le ministère marocain de l’Intérieur, plus de 143 000 personnes ont déjà été déplacées dans plusieurs provinces, alors que les conditions météorologiques demeurent instables.

Des milliers de familles déplacées dans quatre provinces du nord

Les évacuations concernent principalement les provinces de Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane, situées dans des zones particulièrement exposées aux crues des oueds et aux débordements des barrages. La province de Larache concentre à elle seule l’essentiel des déplacés, avec plus de 110 000 personnes évacuées, suivie de Kénitra (près de 17 000), Sidi Kacem (environ 11 700) et Sidi Slimane. Ces chiffres, en constante augmentation depuis plusieurs jours, témoignent de l’ampleur de la catastrophe. Les autorités ont précisé que les opérations se poursuivent de manière progressive, en fonction de l’évolution du niveau de danger et de l’état des infrastructures locales.

La ville de Ksar El Kebir, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, est devenue le symbole de cette crise. Submergée par les eaux après des précipitations exceptionnelles, la ville a fait l’objet d’une évacuation quasi totale, une décision rare au Maroc pour une agglomération de cette taille. La montée rapide des eaux des oueds environnants, combinée à la saturation des sols, a transformé certaines zones urbaines en véritables bassins de rétention. Face au risque de submersion généralisée, les autorités locales ont privilégié une approche préventive afin d’éviter toute perte humaine.

Barrages sous pression et débordement de l’oued Loukkos

Au cœur de la crise figure le barrage d’Oued El Makhazine, dont le taux de remplissage a dépassé les 140%, un niveau exceptionnel. Ce dépassement a entraîné un déversement massif vers l’oued Loukkos, provoquant des inondations rapides dans la plaine agricole et les zones habitées situées en aval. Les experts hydrologiques alertent sur la difficulté de gérer des volumes d’eau aussi importants sur une période aussi courte. La combinaison de barrages pleins, de pluies continues et de cours d’eau gonflés augmente considérablement le risque de nouveaux débordements.

Dans plusieurs quartiers touchés, des coupures d’électricité et d’eau potable ont été signalées, compliquant davantage la gestion de la crise. Les routes secondaires ont été rendues impraticables, isolant certaines localités rurales et ralentissant l’acheminement de l’aide. Pour répondre à ces défis, des centres d’hébergement temporaires ont été installés dans des zones jugées sûres, notamment dans des communes voisines moins exposées. Les familles évacuées y bénéficient d’un soutien logistique, médical et alimentaire.

Mobilisation des forces de secours et suspension des cours

Face à l’urgence, les Forces armées royales, la protection civile et les services de sécurité ont été mobilisés pour renforcer les opérations de secours. Des équipements de pompage, des véhicules amphibies et des unités spécialisées ont été déployés afin de sécuriser les zones à risque. Par mesure de précaution, le ministère de l’Éducation nationale a également annoncé la suspension des cours dans plusieurs provinces affectées, aussi bien dans les établissements publics que privés, afin de garantir la sécurité des élèves et du personnel éducatif.

Ces précipitations ont permis aux barrages marocains d’atteindre un niveau de remplissage record, offrant un répit face au stress hydrique. Les épisodes extrêmes, alternant sécheresses prolongées et pluies intenses, posent désormais de nouveaux défis en matière de gestion de l’eau et de prévention des risques naturels. Dans l’immédiat, les autorités appellent la population à respecter strictement les consignes de sécurité, à éviter les zones inondées et à suivre les communiqués officiels, dans l’attente d’une amélioration progressive des conditions météorologiques.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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