Neuf pêcheurs sénégalais introuvables depuis plus d’un mois après leur sortie en mer


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Une barque de pêcheurs
Une barque de pêcheurs

La disparition de neuf pêcheurs sénégalais, toujours sans nouvelles plusieurs semaines après leur départ en mer, met en évidence les risques persistants auxquels sont confrontés les acteurs de la pêche artisanale. Sur l’ensemble du littoral, familles et professionnels s’inquiètent d’une multiplication des disparitions.

A Dakar,

Au Sénégal, la disparition de neuf pêcheurs partis en mer au début du mois de janvier 2026 suscite une vive inquiétude et ravive un débat ancien : celui du manque de moyens de sécurité et de localisation dans la pêche artisanale. Plus d’un mois après leur départ de la baie de Yarakh, au sud de Dakar, aucune trace de la pirogue ni de ses occupants n’a été retrouvée, laissant leurs familles dans l’angoisse et l’incertitude.

Selon les proches des disparus, l’équipage avait quitté la côte pour une sortie de pêche qui devait durer environ une semaine. Comme souvent dans la pêche artisanale, aucune communication officielle n’avait été prévue au-delà de contacts téléphoniques occasionnels. Mais peu après le départ, tout lien a été rompu. Depuis, malgré des recherches informelles menées par d’autres pêcheurs, le silence demeure total.

Disparitions de pêcheurs au Sénégal : un phénomène de plus en plus fréquent

Ce drame s’inscrit dans un contexte de disparitions répétées de pêcheurs le long du littoral sénégalais. Ces derniers mois, plusieurs cas similaires ont été signalés à Yoff, Joal-Fadiouth et Elinkine, en Casamance. Les organisations professionnelles estiment qu’environ trente pêcheurs seraient actuellement portés disparus à l’échelle nationale.

Cette recrudescence alarme les communautés côtières, pour qui la pêche représente une importante activité économique : elle est au cœur de l’identité sociale et culturelle. Parmi les causes évoquées pour expliquer ces drames en mer figurent les conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles. Vents violents, houle forte et courants instables rendent la navigation difficile, en particulier pour les pirogues artisanales, souvent peu adaptées aux changements climatiques actuels.

Absence de systèmes de géolocalisation : un manque criant de moyens

Les pêcheurs soulignent également les pannes mécaniques fréquentes. Beaucoup d’embarcations sont équipées de moteurs vieillissants, achetés d’occasion, dont l’entretien reste coûteux. En cas de panne en pleine mer, sans moyen de signaler une détresse, les chances de survie diminuent drastiquement. Le principal problème dénoncé par les acteurs du secteur reste l’absence quasi totale de dispositifs de localisation sur les pirogues artisanales.

Contrairement aux navires de pêche industrielle, soumis à des obligations strictes en matière de suivi maritime, la majorité des pêcheurs artisanaux naviguent sans GPS, sans balise de détresse et parfois sans radio. Cette situation complique considérablement les opérations de recherche et de sauvetage. En cas de disparition, les secours officiels disposent de très peu d’éléments pour localiser une embarcation, ce qui réduit les chances de retrouver les pêcheurs à temps.

Les pêcheurs contraints d’organiser eux-mêmes les recherches en mer

Face à ce manque de moyens institutionnels, les communautés de pêcheurs prennent souvent les choses en main. Des collectes sont organisées pour financer le carburant et mobiliser d’autres pirogues afin de partir à la recherche des disparus. Des initiatives solidaires preuves d’une forte cohésion communautaire, mais elles restent limitées et risquées.

Les représentants du secteur dénoncent un déficit de soutien des autorités et appellent à une meilleure coordination avec la Marine nationale, dont la communication reste discrète sur les disparitions récentes. Les familles réclament davantage de transparence et une implication plus rapide des services de secours.

Sécurité maritime au Sénégal : quelles solutions pour la pêche artisanale ?

Des solutions existent pourtant pour renforcer la sécurité en mer. Dans plusieurs pays africains et asiatiques, des programmes ont permis d’équiper les embarcations artisanales de balises GPS à faible coût, parfois subventionnées par l’État ou des partenaires internationaux. Des formations à la sécurité maritime et à la lecture des bulletins météo ont également montré leur efficacité.

Au Sénégal, quelques projets pilotes ont vu le jour, souvent portés par des ONG ou des coopératives locales, mais leur portée reste limitée. Les professionnels du secteur plaident pour une politique nationale ambitieuse intégrant équipement des pirogues, prévention des risques et mise en place d’un système de surveillance maritime adapté à la pêche artisanale.

Un enjeu humain et économique majeur pour les communautés côtières

La disparition de pêcheurs en mer dépasse le simple fait divers. Elle révèle les fragilités d’un secteur essentiel à l’économie sénégalaise et à la sécurité alimentaire du pays. Chaque drame rappelle l’urgence d’investir dans la protection de ceux qui, chaque jour, prennent la mer au péril de leur vie pour nourrir la population.

Sans mesures concrètes pour améliorer la sécurité et la localisation des pirogues artisanales, les départs en mer continueront d’être synonymes de danger, et les familles de pêcheurs resteront exposées à l’attente douloureuse de nouvelles qui, trop souvent, n’arrivent jamais.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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