
Le nord du Maroc fait face à l’un des épisodes hydrologiques les plus critiques de ces dernières années. Entre crues exceptionnelles, infrastructures sous pression et alertes météorologiques répétées, la ville de Ksar El Kebir a été placée au centre d’un dispositif d’urgence sans précédent. Les autorités ont opté pour une évacuation générale afin de protéger la population, alors que la montée rapide des eaux transforme la gestion de la crise en course contre le temps.
La situation hydrométéorologique continue de se dégrader dans le nord du Maroc. Dans la nuit de mardi à mercredi, les autorités ont ordonné l’évacuation complète de la ville de Ksar El Kebir, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, en raison d’inondations importantes provoquées par des précipitations intenses et la montée dangereuse des eaux des oueds environnants.
Une évacuation préventive inédite dans la province de Ksar El Kebir
Cette décision exceptionnelle, qui concerne une agglomération de près de 120 000 habitants, vise à prévenir toute perte humaine alors que les services météorologiques annoncent la poursuite de pluies abondantes dans les prochaines heures. Selon les autorités locales, l’ordre d’évacuation générale a été pris après plusieurs alertes faisant état d’un risque élevé de submersion.
Les coupures d’électricité et d’eau potable observées dans plusieurs quartiers ont renforcé les inquiétudes des services de protection civile, poussant à une mesure radicale mais jugée nécessaire. Les habitants ont été invités à quitter leurs domiciles dans la nuit, en coordination avec les forces de sécurité, la protection civile et les autorités territoriales. Des centres d’accueil temporaires ont été mis en place dans des zones sécurisées, notamment dans les communes voisines épargnées par la montée des eaux.
Le barrage d’Oued El Makhazine au cœur des préoccupations
À l’origine de cette situation critique figure le barrage d’Oued El Makhazine, dont le taux de remplissage a dépassé les 140%, un seuil jamais atteint auparavant selon les données officielles. Ce dépassement a entraîné un déversement massif dans l’oued Loukkos, provoquant des inondations rapides et étendues dans la plaine environnante.
Les autorités redoutent qu’un nouvel épisode pluvieux intense n’aggrave encore la situation, augmentant le débit du cours d’eau et rendant certaines zones urbaines totalement impraticables. La fermeture temporaire de la ville vise ainsi à limiter les risques liés aux courants violents et à l’effondrement d’infrastructures fragilisées. L’évacuation totale de Ksar El Kebir s’inscrit dans la continuité d’opérations entamées dès le début de la semaine.
Des évacuations déjà engagées depuis plusieurs jours
Lundi, une grande partie des habitants vivant dans les zones les plus exposées avait déjà été déplacée, représentant environ 70% de la population urbaine. Plus tôt mardi, les autorités avaient également procédé à l’évacuation d’un campement accueillant des familles déjà sinistrées ou menacées par les inondations dans la province. Ces mesures progressives témoignent de l’évolution rapide de la situation et de la difficulté à contenir les effets de cette crue exceptionnelle.
Face à l’ampleur des intempéries, le ministère marocain de l’Éducation nationale a annoncé la suspension des cours dans plusieurs provinces touchées, notamment à Ksar El Kebir, Kénitra, Sidi Kacem et Souk El Arbaa, pour la période allant du 2 au 7 février. Cette décision concerne l’ensemble des établissements scolaires, publics et privés. Par ailleurs, les Forces armées royales ont été mobilisées dès la fin de la semaine dernière pour renforcer les opérations de secours. Des moyens logistiques, des unités spécialisées et des équipements de pompage ont été déployés afin de porter assistance aux populations affectées et de sécuriser les zones à risque.
Des réserves hydriques à un niveau record, mais à double tranchant
La Direction générale de la météorologie a confirmé l’arrivée d’une dépression active accompagnée de précipitations pouvant atteindre 150 millimètres dans certaines régions du nord et du centre du pays. Ces cumuls, enregistrés sur une courte période, expliquent la saturation rapide des sols et la montée brutale des niveaux d’eau. Le Maroc avait déjà connu, en décembre 2025, des épisodes météorologiques extrêmes, marqués par de fortes pluies et d’importantes chutes de neige, révélant une variabilité climatique de plus en plus marquée.
Ironie de la situation, ces précipitations ont permis aux barrages du Royaume d’atteindre un niveau de remplissage inédit depuis juillet 2019, avec un volume global estimé à 9,26 milliards de mètres cubes. Si ces réserves constituent un atout stratégique pour l’approvisionnement en eau, elles posent également d’immenses défis en matière de gestion des crues. À Ksar El Kebir, l’urgence reste avant tout humaine. Les autorités appellent la population à respecter strictement les consignes de sécurité et à éviter tout déplacement vers les zones inondées, dans l’attente d’une amélioration des conditions météorologiques.





