Le Maroc a-t-il boudé l’organisation de la CAN Féminine ?


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CAN feminine 2026
CAN feminine 2026

À un peu plus d’un mois du coup d’envoi initialement prévu le 17 mars sur le sol marocain, la Confédération africaine de football (CAF) a annoncé un changement d’envergure : la Coupe d’Afrique des Nations Féminine se jouera finalement en Afrique du Sud. L’information a été rendue publique par Peace Mabe, vice-ministre sud-africaine des Sports, prenant de court les sélections qualifiées, les observateurs et même certains partenaires de la compétition. Si les raisons officielles de ce retrait de dernière minute n’ont pas été clairement détaillées par la CAF, cette décision relance les interrogations sur la relation parfois heurtée entre le Royaume du Maroc et les instances continentales.

Organisation d’un tournoi dans un délai extrêmement serré

L’Afrique du Sud, championne en titre, se prépare désormais à accueillir le tournoi dans un délai extrêmement serré. Une prouesse logistique, certes, mais aussi un signal politique et sportif fort. Car le Maroc, ces dernières années, s’était imposé comme un acteur central du football africain, multipliant les investissements dans les infrastructures, l’organisation de grandes compétitions et le développement du football féminin. Le retrait soudain de la CAN Féminine apparaît donc, au minimum, comme une anomalie.

Dès lors, une question s’impose : le Maroc a-t-il volontairement « boudé » l’organisation de cette CAN, ou s’agit-il d’une rupture plus profonde avec la CAF ? Plusieurs observateurs estiment que cette décision pourrait être l’illustration d’une stratégie bien connue du Royaume : répondre coup pour coup lorsque ses doléances ne sont pas prises en compte. Le précédent le plus souvent cité reste celui des tensions diplomatiques avec l’Union européenne.

Suites d’un match à très forte charge émotionnelle contre le Sénégal

Lorsque le Parlement européen avait adopté des résolutions jugées hostiles à la position marocaine sur le Sahara, Rabat n’avait pas hésité à exercer une pression migratoire aux frontières de l’enclave de Ceuta, laissant passer des milliers de migrants en signe de protestation. Ce geste, très critiqué sur le plan humanitaire, avait néanmoins démontré la capacité du Maroc à utiliser ses leviers stratégiques pour faire entendre sa voix. Dans le domaine sportif, la fermeté marocaine s’est également manifestée à plusieurs reprises.

Le Royaume a souvent dénoncé ce qu’il considère comme un traitement inéquitable de la part de la CAF, notamment sur les plans disciplinaire et arbitrale. Plus récemment, à la suite d’un match à très forte charge émotionnelle contre le Sénégal lors d’une finale continentale, des sanctions ont visé des joueurs marocains, parmi lesquels Achraf Hakimi. Ces décisions avaient suscité une vive incompréhension à Rabat. Le Maroc avait introduit des recours, allant jusqu’à contester l’issue sportive de la rencontre, sans succès, la CAF ayant rejeté ses revendications et confirmé le trophée au Sénégal.

La CAF reste étonnamment discrète

Ces épisodes ont nourri un sentiment de frustration grandissant au sein des instances marocaines, convaincues que leurs efforts pour le football africain ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur. Dans ce contexte, le retrait de l’organisation de la CAN Féminine peut être interprété comme un message politique autant que sportif : sans garanties claires, le Maroc refuse d’assumer seul les risques logistiques, financiers et symboliques d’un événement continental. D’autant que l’organisation d’une CAN, surtout féminine, constitue un outil de soft power.

Pour Rabat, c’est une vitrine diplomatique, un moyen d’affirmer son leadership régional et son engagement en faveur du sport féminin. Renoncer à cette opportunité à quelques semaines de l’événement ne peut donc être un simple accident de calendrier. La CAF, de son côté, est restée étonnamment discrète. L’absence d’explications détaillées alimente les spéculations et fragilise l’image de gouvernance de l’institution. Car ce changement de pays hôte risque de perturber la préparation des équipes, la vente des droits, la billetterie et même la crédibilité de la compétition.

Le Maroc préfère parfois le bras de fer au compromis silencieux

Pour l’Afrique du Sud, en revanche, l’opportunité est double : défendre son titre à domicile et s’imposer comme un pôle d’organisation fiable du football féminin africain. Mais cette solution de repli ne dissipe pas les interrogations de fond. En définitive, loin d’un désengagement organisationnel, le retrait du Maroc de la CAN Féminine semble s’inscrire dans une logique de rapports de force. Fidèle à sa tradition diplomatique, le Royaume préfère parfois le bras de fer au compromis silencieux.

Qu’il s’agisse de migration, de diplomatie ou de football, Rabat a montré qu’il n’hésite pas à utiliser ses atouts pour défendre ce qu’il considère comme ses intérêts légitimes. Reste à savoir si cette stratégie renforcera durablement la position du Maroc au sein du football africain, ou si elle contribuera au contraire à creuser un fossé avec la CAF. Une chose est sûre : la CAN Féminine 2025 ne se jouera pas seulement sur les terrains sud-africains, mais aussi dans les coulisses d’une Afrique du football où le sport et la politique demeurent étroitement liés.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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