
La finale Maroc – Sénégal devait être l’apothéose de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Elle restera surtout comme le symbole d’une faillite institutionnelle. Arbitrage chaotique, VAR ignorée, déséquilibre manifeste dans les tribunes, conditions indignes imposées aux Lions de la Teranga : en fermant les yeux, la Confédération Africaine de Football (CAF) a gravement failli à sa mission.
Une finale de CAN entachée par un arbitrage incompréhensible
Tout commence à la 90ème minute passée, dans une finale tendue mais maîtrisée. Le Sénégal marque un but parfaitement valable. Une action limpide, sans faute préalable, sans hors-jeu manifeste. Pourtant, contre toute logique sportive, le but est refusé. Plus grave encore : l’arbitre ne consulte même pas la VAR, pourtant disponible et conçue précisément pour éviter ce type d’erreur aux graves conséquences.
Dans une finale continentale, au sommet du football africain, ce refus reste une faute professionnelle lourde. Comment expliquer qu’un but aussi net ne mérite pas au minimum une vérification vidéo ? En s’abstenant d’intervenir, l’arbitrage a faussé le cours du match et semé le doute dans les esprits. La CAF, garante de l’équité, est restée silencieuse.
VAR sélective : une injustice qui interroge la CAF
Quelques minutes plus tard, le contraste devient choquant. Un penalty est accordé au Maroc dans le temps additionnel, sur une action hautement contestable. Cette fois, la décision est rapide, définitive, sans la moindre hésitation. Deux poids, deux mesures.
Ce traitement asymétrique nourrit un sentiment profond d’injustice. La VAR, censée protéger le jeu, semble utilisée à géométrie variable. Pourquoi refuser la technologie quand elle peut rétablir la vérité sportive, et l’imposer quand elle avantage l’équipe hôte ? La question dérange, mais elle est incontournable.
CAF : prompt à condamner, lente à assumer
Dans son communiqué post-finale, la CAF a choisi de condamner le comportement de certains joueurs et officiels sénégalais, qualifié « d’inacceptable ». Une réaction rapide, ferme, presque moralisatrice. Mais sur le fond du problème, l’arbitrage, la VAR, le contexte global, silence radio.
Ce positionnement est révélateur. La CAF préfère sanctionner les conséquences émotionnelles plutôt que d’assumer ses propres manquements structurels. Or, si la tension est montée à ce point, c’est bien parce que les décisions arbitrales ont été ressenties comme injustes, voire provocatrices. Bien avant le coup d’envoi, les signaux étaient pourtant alarmants. La Fédération Sénégalaise de Football a multiplié les alertes sur l’organisation de cette finale.
Une organisation déséquilibrée au profit du pays hôte
À commencer par la billetterie, véritable scandale sous-estimé. Moins de 3 000 billets accordés aux supporters sénégalais dans un stade de près de 70 000 places : le déséquilibre est flagrant. Le Maroc, pays hôte, s’est retrouvé avec un stade quasi entièrement acquis à sa cause. Une ambiance légitime à domicile, certes, mais poussée ici à l’extrême, au détriment de l’équité et de l’esprit continental.
La CAF a laissé faire. Pire, elle a validé un système qui transforme une finale africaine en quasi-match à domicile. L’arrivée chaotique de la délégation sénégalaise à la gare de Rabat restera comme une image indigne d’une CAN moderne. Joueurs et staff exposés à une foule compacte, sans encadrement sécuritaire suffisant, avançant péniblement sous les caméras. Comment la CAF peut-elle tolérer qu’une équipe finaliste soit accueillie dans de telles conditions ?
Hébergement et entraînement : le respect minimal arraché
La sécurité des joueurs n’est pas un détail logistique, c’est une obligation fondamentale. Là encore, l’instance continentale a brillé par son absence. Il aura fallu une protestation officielle pour que les Lions de la Teranga obtiennent un hébergement conforme à leur statut. Une équipe finaliste contrainte de négocier pour dormir correctement à la veille d’un match historique : le simple fait que cela ait été nécessaire est accablant.
Même le choix du terrain d’entraînement pose question. Désigner une infrastructure servant de base au Maroc, adversaire direct, relève au mieux de l’amateurisme, au pire d’un mépris assumé pour l’équité sportive. Là encore, la CAF n’a pas anticipé, n’a pas corrigé, n’a pas protégé. La CAF ambitionne de faire de la Coupe d’Afrique des Nations une compétition de référence mondiale. Mais cette ambition se heurte frontalement à la réalité de cette finale. On ne peut pas revendiquer l’excellence tout en tolérant l’injustice, l’improvisation et le déséquilibre.
Une CAN moderne ne peut survivre à de telles pratiques
Le football africain a progressé sur le terrain. Ses institutions, elles, semblent encore prisonnières de vieux réflexes : opacité, absence de remise en question, protection du système plutôt que du jeu. Cette finale Maroc-Sénégal laisse une trace profonde. Même si le Sénégal a finalement triomphé sur le terrain, le mal est fait.
La CAF sort fragilisée, questionnée, mise face à ses contradictions. Restaurer la confiance passera par des actes forts : transparence sur l’arbitrage, usage systématique et cohérent de la VAR, règles claires sur la billetterie des finales, garanties logistiques strictes pour toutes les équipes. À défaut, la CAN risque de perdre ce qui fait sa grandeur : la conviction que, malgré les passions et les rivalités, le jeu reste juste. Et sans justice sportive, aucune fête ne peut être totalement réussie.




